«Deviens qui tu es!» lançait Pindare. «Le pire état de l’homme, c’est quand il perd la connaissance et le gouvernement de soi», affirmait Montaigne. «Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur, comme un destin», prévenait Jung. Les citations ne manquent pas pour illustrer notre propos.

La qualité personnelle principale qui fait la différence entre un leader qui réussit et un leader qui échoue est indéniablement la connaissance de soi, nous rappelle le coach Fred Kofman dans son ouvrage L’Entreprise consciente: comment créer de la valeur sans oublier les valeurs.

Comment prétendre, en effet, diriger les autres si on ne se gère pas soi-même? L’idée n’est pas nouvelle dans le monde du business. Dès le début des années 1980, des multinationales, dont une des pionnières, Hewlett -Packard (HP), ont conçu leur catalogue de formation sur ce principe. Pour développer les leaders du futur en leur permettant d’acquérir cette compétence clé d’introspection, HP propose à ses collaborateurs les techniques et outils de «développement personnel» les plus sophistiqués. Au programme, des cours aux titres évocateurs: «Communication affirmative», «Management motivationnel des hommes», «Personal mastery». Et aussi des séminaires résidentiels centrés sur la créativité.

Pas de cours d’anglais chez HP sans avoir suivi au préalable la «méthode Tomatis» qui, via l’écoute de sons aigus, extraits principalement des œuvres de Mozart, permet d’éduquer l’oreille à la reconnaissance des fréquences de la langue anglaise et facilite la concentration, la mémorisation, l’assimilation, la motivation et la confiance en soi.

De l’initiation à l’obtention du master en programmation neurolinguistique (PNL), les collaborateurs de HP explorent leurs différentes identités, valeurs, croyances, prennent conscience de la puissance des mots et du langage non verbal, du pouvoir des intentions et des présupposés.

Le travail d’introspection passe aussi par le questionnaire Myers Briggs Type Indicator (MBTI) pour découvrir son type (combinaison de ses quatre préférences: introversion/extraversion, intuition/sensation, pensée/sentiments, jugement/perception) et les quinze autres qui nous entourent. A cela s’ajoutent les «bilans de compétences et de vie» permettant de comprendre la nature profonde de ses motivations et être sûr de ses choix professionnels et personnels.

L’heure du déjeuner est consacrée à des conférences données par des sociologues, ethnologues, anthropologues, philosophes, psychologues, psychanalystes. Leur but: aider les ingénieurs rationnels et logiques à développer leur cerveau droit, celui des émotions et de la sensibilité.

Les livres de chevet de l’employé de HP sont les best-sellers (Pouvoir illimité, Réveiller le géant qui est en vous) d’Anthony Robbins, aujourd’hui numéro 1 mondial du coaching.

Même philosophie chez BP où, il y a dix ans déjà, les employés avaient accès à un cours de management intitulé «The humble manager». Une semaine pour prendre conscience de ses forces et faiblesses, et celles des autres. Développer du recul, de la distance sur soi-même. Travailler sur sa voix, apprendre à reconnaître, à accepter ses émotions et à les maîtriser. Réaliser ce que signifie être un exemple. Se former à l’écoute active, à comment se mettre dans les chaussures de l’autre…

En 2011, chez Philip Morris International, le sommaire des cours est on line et leur organisation se fait depuis le Center of Expertise de Madrid, mais le contenu est construit sur le même concept.

Certaines écoles de management réputées ont la même conviction. Il est passionnant d’interviewer, par exemple, les diplômés de l’Executive MBA de l’IMD. A la question «Que vous a apporté cette année passée à l’IMD?», les réponses sont unanimes: «Ce n’est pas le cours de corporate finance ou de strategic marketing que je retiens, mais tout ce que j’ai découvert sur moi-même, mon impact sur les autres. J’y ai appris une certaine humilité.»

Toujours à l’IMD, l’automne dernier, le coach Robin Sharma lors d’une conférence inspirée de ses livres, Le moine qui vendit sa Ferrari et Le Leader sans titre, interpelle le public avec une formule choc: «Est-ce que vous travailleriez pour vous-même?»

Et vous, est ce que vous travailleriez pour vous-même?

* Responsable du recrutement au Forum économique mondial (WEF)

HP propose les techniques et outils de «développement personnel» les plus sophistiqués