En héritage

«La conscience de la fatalité»

Ce que je dois à ma mère (réceptionniste)

– La tempérance

– Le goût de la confiture aux cerises, de la gelée de sureau et du gâteau à la crème

– La certitude qu’une note plus ou moins mauvaise en orthographe ou en mathématiques ne change pas une destinée

– La culture de mon jardin

– Une vue imparfaite

– Le chemin pour supporter l’ingratitude

– Une forme de timidité

– La conviction que l’eau n’est pas mon élément

– La conscience que face à l’inélucta­-ble qui nous attend, aucun divertisse­-ment (au sens pascalien du terme) n’est plus insignifiant qu’un autre: la quête des grandes vérités philosophi-ques ne soulage pas mieux qu’une partie de tennis âprement disputée

– Le difficile apprentissage des langues étrangères

– Savoir que les tempêtes finissent toujours par se calmer

– L’amour des gosses

– La conscience de la fatalité

– Une certaine appréhension des voyages

Ce que je dois à mon père (journaliste à la RSR)

– Une trop grande confiance en l’autre

– Les doigts palmés

– Le dégoût du clergé et des militaires

– Le respect des plus humbles

– L’envie de regarder des images et d’écrire

– La générosité et un rapport jamais angoissé face à l’argent

– La haine des traîtres

– L’art de bien se reposer

– Un certain timbre de voix

– Le rejet des bonimenteurs et des blablateurs toujours prêts à vous expliquer comment il faut vivre

– L’assurance

– Les généralisations hâtives

– Des veines saillantes et des avant-bras plus poilus que la moyenne

– La capacité de se prendre en main et de ne compter sur personne

– L’impérieux besoin d’avoir une femme à qui parler

Ce que je dois ni à ma mère, ni à mon père

– Une transversalité dans mon rapport au monde