L'intimité du rapport entre le cinéma et la musique n'est pas à démontrer. Leur relation est des plus fertiles. D'habitude, la composition musicale naît dans le lit du film. Parfois avant la conception. Parfois après. Parfois en même temps, soutenant et enrichissant l'histoire filmée. Dans le cas des Contes de la lune vague après la pluie, le procédé est tout différent. Le long-métrage (93 minutes) du réalisateur Kenji Mizoguchi a vu le jour en 1953, date à laquelle il obtint le Lion d'argent à la Mostra de Venise. Un prix qui fit connaître le réalisateur japonais en Europe. Et attira dans son sillage nombre d'admirateurs, saisis par la beauté de son langage et de son esthétique, issus du kabuki.

Parmi eux, le compositeur genevois Xavier Dayer avoue avoir été fasciné par l'ouvrage il y a une quinzaine d'années. Il dit y avoir trouvé une «force de récit propice à faire naître une œuvre lyrique». Le musicien imagine alors un projet lyrique avec un autre acteur de la vie musicale genevoise: Alain Perroux. Celui-ci s'empare du scénario pour en tirer un livret sur lequel la musique puisse s'appuyer harmonieusement.

L'opéra de chambre né de cette collaboration fructueuse a vu le jour hier à Rouen. Il arrivera à Genève en concert au Victoria Hall le 29 mars en clôture du festival Archipel. Cette coproduction avec le Grand Théâtre retracera en musique l'histoire du potier Genjuro. Malgré la guerre civile qui secoue le Japon du XVIe, l'artisan part vendre ses poteries dans la capitale. Là, il tombe sous le charme d'une femme «fantôme» et oublie tout de sa vie précédente. Enfin libéré de cette emprise, il revient dans son village où son épouse a été victime des ravages de la guerre. Six chanteurs et un orchestre d'une dizaine de musiciens (Ensemble Linea) seront placés sous la direction de Jean-Philippe Wurtz. Ils offriront une seconde vie, musicale, aux célèbres images de Mizoguchi.