«Une fois que la flamme aura atterri en Corée du Sud, j’espère que la fièvre olympique se propagera avec le relais de la torche.» Tel est le vœu de Kim Yu-na, ex-star du patinage artistique et ambassadrice des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang 2018, mais aussi des organisateurs que la billetterie en berne a de quoi rendre perplexes.

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Le public sera-t-il au rendez-vous?

Moins de 100 jours avant le début des JO, l’engouement des Sud-Coréens demeure timide: seuls 30% des 1,1 million de tickets mis en vente ont trouvé preneurs. Les Jeux paralympiques, qui se dérouleront à Pyeongchang du 9 au 18 mars, attirent encore moins: seulement 5% des billets disponibles avaient été écoulés au 24 octobre, d’après le comité d’organisation.

Après sa neuvième et dernière visite des installations olympiques de Pyeongchang, la présidente de la Commission de coordination du CIO, Gunilla Lindberg, avait déclaré la ville hôte «prête à accueillir le monde». Alors que la Corée du Sud fait figure de bonne élève en matière d’infrastructures – avec notamment l’achèvement imminent du stade de 35 000 places qui accueillera les cérémonies d’ouverture et de clôture –, une question subsiste, de plus en plus lancinante: le public sera-t-il au rendez-vous?

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Distribution de billets

Trente ans après les JO d’été de Séoul en 1988, les autorités sud-coréennes s’activent tous azimuts pour faire des premiers Jeux olympiques d’hiver organisés en Corée du Sud un grand succès populaire, du moins en apparence. Plusieurs médias du pays ont relaté que des municipalités s’étaient vues attribuer un budget supplémentaire destiné à l’achat de billets dans le but de les distribuer gratuitement. Dans le cas où les ventes ne décolleraient pas, plusieurs banques nationales ont également consenti à acheter des centaines de milliers de places afin de remplir les gradins.

Les événements culturels se multiplient aux quatre coins du pays pour promouvoir les Jeux et tenter d’appâter des Sud-Coréens peu adeptes des sports d’hiver. Le cap des 100 jours a été marqué par un grand concert organisé au cœur de Séoul. «Je suis juste venue ici pour applaudir mes groupes d’idoles préférés. En fait, je suis un peu allergique au sport», plaisante Hyeon-ju, une étudiante de 22 ans.

Sur l’immense place Gwanghwamun, rendue piétonne pour l’occasion, les drapeaux olympiques et les mascottes de Pyeongchang, «Soohoring» et «Bandabi», passent totalement inaperçus. Les quelques stands opportunément installés aux alentours ne proposent que des produits dérivés à l’effigie des vedettes K-pop du moment.

Dépassement de 5 milliards

Hyebin, une commerçante venue assister à l’événement en famille, ne compte pas se rendre à Pyeongchang pour assister aux épreuves. «Je regarderai peut-être cela à la télévision.» Elle admet que les prix des bonnes places – les tarifs vont de 18 à 1340 dollars – l’ont un peu dissuadée. «Je préfère utiliser mon argent pour autre chose et cela me gêne qu’une nation puisse consacrer de telles sommes pour les Jeux olympiques. Il y a d’autres priorités ici actuellement.»

Les Jeux d’hiver 2018 coûteront environ 15,5 milliards de dollars, soit un dépassement de plus de 5 milliards sur le budget initialement prévus par le gouvernement sud-coréen en 2011, lorsque Pyeongchang a emporté le choix du CIO. Le boycott chinois à la suite du déploiement en Corée du Sud d’un bouclier antimissile américain et la menace d’une nouvelle provocation nord-coréenne sont deux autres facteurs qui plombent la billetterie.

Corée du Nord

L’escalade belliqueuse de ces derniers mois entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un a, sans aucun doute, grandement contribué à rendre certains visiteurs étrangers frileux. Afin d’apaiser les tensions, Séoul espère voir son turbulent voisin participer à la prochaine grande messe des sports hivernaux et multiplie les appels en sa direction. La Corée du Nord n’a toujours pas manifesté son intention d’envoyer une délégation. Avec l’hypothétique participation des deux seuls athlètes nord-coréens qualifiés, la flamme olympique pourrait réchauffer un temps les relations entre les deux frères ennemis.