Le plan de sauvetage d'UBS fait «plusieurs dizaines de pages», selon nos sources. Il aurait été «coécrit par la BNS et UBS». Une source proche de la BNS préfère dire: «La BNS a écrit le plan, en utilisant l'expertise d'UBS.» La consigne, lors des négociations? Laisser un minimum de traces écrites, en raison du caractère délicat des discussions. Pas de lettres, pas de mails, pas de fax. «Tous les jours, des employés de la BNS faisaient le trajet de Berne à Zurich et y passaient toute la journée. Une réunion de crise succédait à l'autre.»

Des séances «très tendues»

Fait intéressant, Credit Suisse a participé aux séances de crise, aux côtés de la BNS, de la Confédération, et d'UBS. «Credit Suisse a été impliqué dans la discussion sur UBS car les deux banques sont dans le même bateau», nous explique-t-on. «Credit Suisse a, en réalité, pesé fortement en faveur d'un sauvetage d'UBS», assure une source. En effet, le groupe de Brady Dougan était farouchement opposé à son éventuelle fusion avec UBS. Or le gouvernement avait élaboré une simulation sérieuse de «plan catastrophe», qui prévoyait de marier les deux banques suisses, et même de démanteler leurs activités combinées dans le secteur de détail, lesquelles occuperaient une position dominante. Credit Suisse, s'estimant en excellente position au sortir de la crise, aurait tout fait pour que le gouvernement tire d'affaire UBS.

Le climat de ces interminables séances, qui se déroulaient à la BNS, à l'UBS ou au Credit Suisse, variait. «Lorsqu'il s'agissait de réunir des informations, cela se déroulait dans le calme. En revanche, les séances où l'on négociait pouvaient être très tendues. Mais le rapport de force n'était pas en faveur d'UBS», raconte ce participant aux négociations.

«Le plan de sauvetage d'UBS est-il suffisant?» C'est la question que se posait vendredi une personne bien informée de la situation, alors même que l'ampleur du plan représentait un choc pour le public. En effet, si le bilan est à présent propre, le marché interbancaire ne s'est pas encore détendu. Bien que le taux LIBOR en francs suisses se soit relâché à 3,8% vendredi, contre 4,58%, son record du 8 octobre, des intervenants confient qu'il ne faut pas s'y fier: «Les banques se méfient toujours de certains établissements et leur imposent des taux bien plus élevés qu'à d'autres banques.»

La BNS a dû faire un compromis entre la réaction du public et la situation d'UBS. «Il est normal que le sauvetage crée un malaise, résume une source proche de l'institut zurichois. Il fallait faire mal à UBS, mais pas trop. Sinon, nous prenions le risque d'aggraver ses difficultés.»

«Pas à n'importe quel prix»

Un participant aux négociations nous explique qu'il ne faut pas se leurrer: ce plan visait à créer un effet d'annonce pour redonner confiance au public et stopper la panique aux guichets et parmi les très grandes fortunes. D'autres activités, comme le prime brokerage d'UBS, ont aussi souffert, les hedge funds se tournant vers d'autres banques. «Ce plan fournit un peu de répit, convient-il. Mais en réalité, si UBS devait faire faillite, ce serait avant que la BNS ne puisse verser les 60 milliards prévus.» La BNS, dont le bilan est de 130 milliards, contre 2000 milliards pour UBS, est consciente de la disproportion entre elle et ce mammouth bancaire. Pour notre observateur, «le gouvernement, lui non plus, ne sauvera pas la banque à n'importe quel prix».