C'est un festival tout-terrain. Des femmes, oui, c'est l'enjeu, mais dans tous les genres. Beaucoup de musique, du cinéma, de la mode, de l'humour, histoire de déplacer le deuxième sexe au premier rang, histoire de voir s'il reste quelque chose de proprement féminin dans l'art des femmes. Pas sûr. A voir la soirée d'ouverture, avec Oy, délicate ensorceleuse basculée entre la Suisse et le Ghana, dont les perles pop et électroniques ont des horizons à 360 degrés.

On aimerait voir, dans ce cadre choisi, celui du Manège d'Onex, la chanteuse Mayra Andrade, dont la voix est de miel, dont l'allure est sanguine; la diva cap-verdienne a quelque chose du sable qu'on emporte de cet archipel à mi-chemin des mondes. Avec le reggae rougi d'Hollie Cook, les têtes d'affiche ne manquent pas dans cette édition anniversaire des Créatives. Mais il faudra aussi parler de Mor Karbasi, dont la voix est une réduction du Moyen-Orient entier. De Charlotte Gabris, d'Aliose, de Mélanie Pain ou des Chikitas, le défilé des intelligences et des mutineries.

Ou alors de Kadebostany, dont les uniformes trompettants et les allures martiales ont parfois trop caché la voix d'Amina, glacée à souhait. Des univers qui dépassent largement la musique. Comme ces documentaires consacrés au rock. Ce spectacle de paroles et de danse, offert par Fatima N'Doye, et dont le titre (Quand j'étais blanche) ne laisse d'intriguer. Difficile d'opérer un tri entre toutes ces propositions au féminin. La beauté de ce concept? C'est qu'on n'y pense plus.