45% à Neuchâtel, 30% dans le Jura, 20% à Fribourg. Ailleurs, on n’articule pas de chiffre. La crise économique provoque la chute des recettes fiscales des entreprises. Au moment de mettre en route le budget 2010, les cantons doivent tabler sur un manque à gagner conséquent.

Certes, l’impôt des personnes physiques ne devrait pas – encore – subir d’effritement notoire. Il n’empêche, les 50 millions que le canton de Neuchâtel prévoit de ne pas encaisser par le biais de l’impôt des personnes morales pèsent 3% de son budget. Dans le Jura, 12 millions de perte fiscale représentent 1,6% du total des recettes. Ailleurs en Suisse occidentale, si personne ne snobe la crise et ses effets, on affiche davantage de sérénité. «Lorsque j’ai assisté à la conférence des directeurs cantonaux des Finances, ce printemps, j’ai constaté que ces braves gens n’avaient pas pris la pleine mesure des difficultés, surtout à venir», note Bernard Dafflon, professeur de finances publiques à l’Université de Fribourg.

Nils Soguel, de l’Institut de hautes études en administration publique, perçoit chez les grands argentiers «une grande incertitude, même si le plongeon des rentrées fiscales n’est pas immédiat, en raison du coussin encore stable des personnes physiques. La crainte se focalise sur 2010.»

Justement, comment s’y prendre pour préparer le budget de l’an prochain? Faire le gros dos en attendant que «ça passe»? Accepter, après des années de vaches grasses, de présenter un budget déficitaire? Augmenter les impôts, ou geler les baisses annoncées? Couper dans les dépenses?

«Faire le dos rond revient à admettre qu’on est dans une crise conjoncturelle, analyse Bernard Dafflon. Je prétends que nous sommes dans une crise structurelle. Elle suggère un fantastique défi: réorienter nos comportements économiques.»

Nils Soguel évoque un «gros champ de tensions» dans les cantons: «Deux politiques s’opposent: agir de manière conjoncturelle, sous la pression médiatique et politique, parce qu’on attend que les pouvoirs publics fassent quelque chose contre la crise. Ou maintenir des finances saines. L’histoire montre que la rigueur l’emporte. En réalité, les cantons agissent de manière pro-cyclique.» Bernard Dafflon prône «la discipline budgétaire. Ma règle d’or: n’accepter de s’endetter que pour des investissements.»

Toutefois, lorsque la crise frappe aussi violemment, n’y a-t-il pas d’exception à envisager? «Non, tonne Bernard Dafflon. Sous peine d’entrer dans l’effet boule de neige des intérêts à payer, qui augmentent l’endettement.» Et le Fribourgeois de condamner les stratégies qui vilipendent les bénéfices des bonnes années: «On commence par rattraper les investissements qu’on a gelés, on baisse les impôts et on ajuste les conditions de travail des fonctionnaires», alors que la prudence commanderait, en priorité, «de constituer un bas de laine, pour ne pas être pris à la gorge en période de crise». Et de dénoncer les baisses d’impôts conjoncturelles, «qui deviennent structurelles, car il serait inconvenant de remonter le taux quand la crise s’abat». Aucun canton ne prévoit de renoncer aux diminutions fiscales annoncées.

Parce qu’«il ne faut pas toucher aux dépenses», selon Bernard Dafflon, et qu’elles risquent de croître avec la hausse du chômage et de ses effets, avec des rentrées fiscales en baisse, va-t-on forcément vers des budgets 2010 déficitaires? Et jusqu’où le rouge est-il acceptable?

La situation diffère d’un canton à l’autre. Ceux qui ont dégagé de gros excédents en 2008 disposent d’une marge de manœuvre. «Et ceux qui, comme Fribourg et le Valais, ont supprimé leur dette, ont les moyens de perdre de l’argent, quitte à déroger aux exigences de leurs freins, souligne Nils Soguel. Par contre, pour les cantons qui n’ont pas su éradiquer leurs déficits structurels, admettre désormais des pertes, c’est s’enfoncer. Ils doivent continuer d’assainir, crise ou pas crise.»

«S’ils devaient produire des déficits en 2010 ou 2011, reprend Bernard Dafflon, les cantons ont le devoir de s’engager à les amortir en 2013-2014.» Nils Soguel suggère que les cantons complètent leurs dispositifs de freins aux dépenses par «des accélérateurs d’excédents», des outils contraignant les collectivités publiques à dégager des bonis en période de bonne conjoncture.

Ceux qui ont dégagé de gros excédents en 2008 disposent d’une marge de manœuvre