Votre éclairage concernant la crise thaïlandaise (LT du 27 novembre) manque de profondeur. Comparaison n'est pas raison: l'analogie entre la Révolution française de 1789 et une grosse manifestation bousculant la monarchie constitutionnelle thaïe est tirée par les cheveux . Le clivage politique que vous décrivez entre provinces du Nord et classes moyennes et intellectuelles de Bangkok est certes avéré, à ceci près que les «pro-Thaksin» et «pro-Somchai», actuel premier ministre - qui a tout de même été élu par une majorité populaire - ne se situent pas particulièrement dans la région nord-est (l'Issan, région pauvre et excentrée jouxtant le Laos), mais surtout dans les classes moyennes et agricoles du nord et du nord-ouest (Chiang Mai, origine politique de Thaksin, est aussi une ville universitaire) et des plaines rizicoles plus au sud. Ceci pour dire que les électeurs en faveur du gouvernement actuel ne sont pas que de pauvres paysans ignorants de la chose politique et facilement manipulables par quelques carottes électorales, contrairement à ce que l'on peut lire ici et là dans la presse occidentale, et contrairement aux slogans du PAD (People's Alliance for Democracy, le parti d'opposition à l'origine du mouvement de révolte actuel). Enfin, vous oubliez de mentionner que les militaires ont un contentieux avec l'ex-premier ministre Thaksin qui s'est servi d'eux en s'entourant de ceux qu'il pensait pouvoir manipuler. Et, au chapitre des manipulations, Sondhi Limthongkul, magnat de la presse et l'un des leaders du PAD, n'est pas un enfant de chœur.