La formation s’adresse aux patrons romands. Elle est donnée en français, avec des cas pratiques taillés sur mesure. C’est sur ce créneau que le Cours de direction d’entreprise (CDE) du CRPM, centre de formation en management, a fait sa réputation depuis plus de 30 ans. L’école sise à Lausanne a construit son identité sur cet ancrage régional, pour se démarquer des MBA anglo-saxons en prolifération.

Toutefois, les mœurs et les attentes changent: les cadres ou futurs chefs d’entreprise veulent accroître leur réseau. Et pas qu’en Suisse romande. 85% des patrons (qui ont, ou qui pourraient suivre le programme) estiment que le CDE doit nouer un partenariat à l’étranger pour enrichir leurs contacts, révèle une étude commandée par l’école. 40 cadres supérieurs ont été interviewés l’année dernière et ont manifesté le besoin de développer une dimension européenne au programme. Dont acte. L’école, qui dénombre 27 employés, s’est résolue à nouer des liens à l’international et a choisi L’EM Lyon – 370 employés – pour ce partenariat.

La volée qui entame le cursus cet automne se rendra quatre jours (soit un module sur sept) dans l’établissement lyonnais, classé parmi les meilleures écoles de commerce françaises, avec un campus à Lyon et à Shanghai. Des visites d’entreprises, des conférences données par les professeurs, ainsi que des rencontres avec les dirigeants étudiant dans la haute école sont planifiées dans le chef-lieu du département du Rhône.

Les patrons ont choisi la France pour une question linguistique d’abord. «Le français fait la spécificité du CDE. Il fallait que le programme reste ouvert aux candidats qui ne parlent ni l’anglais ni l’allemand», explique le consultant qui a mené l’étude. Les participants voulaient aussi garder une certaine proximité géographique avec la Suisse, pour des questions de transports et de relations économiques, détaille-t-il. Les entreprises romandes commercent davantage avec la France qu’avec le Canada. «C’est aussi ce qui les a motivés à choisir Lyon, plutôt que Paris ou la Bretagne», ajoute-t-il.

Les patrons préféraient enfin une business school à un simple institut de formation en France. Est-ce pour accroître la reconnaissance du CDE qui n’est pas intégré dans le système européen de Bologne? «On constate que les participants accordent de plus en plus d’importance aux titres, aux reconnaissances formelles», constate Lorenzo Pestalozzi, directeur du CRPM.

Dans l’enquête commandée par l’école romande, plus de 70% des sondés ont jugé important que le CDE débouche sur un diplôme dit de Bologne (comme un Master of Advanced Studies). La direction y «pense sérieusement, mais nous ne voulons pas étouffer la dynamique du cours avec des exigences trop académiques», explique le directeur.

Un pas que le CRQP, l’association dédiée à la formation des ressources humaines chapeautée par le CRPM, a déjà franchi l’année dernière pour son programme en ­management des ressources humaines. Celui-ci est devenu un Certificate of Advanced Studies (CAS), grâce à un accord avec la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud. Pour les participants au CDE, un partenariat helvétique ne présentait pas la même ­valeur ajoutée, précise l’auteur de l’étude.

L’EM Lyon, quant à elle, n’est pas à son premier coup d’essai en Suisse. L’institution propose déjà un master en luxe en partenariat avec l’Ecole hôtelière de Lausanne. Elle avait même annoncé en juillet 2007 l’ouverture d’un campus sur Genève, avec l’ambition de «devenir le numéro trois en Suisse, après l’IMD et HEC Saint-Gall». Le projet est tombé à l’eau: «Nous nous sommes réorientés, et nous avons concentré notre développement sur le campus de Shanghai», explique l’institution, sans autres détails. «Mais nous voulons garder une présence sur le diamant alpin (ndlr: Genève, Lyon, Turin), en nouant des partenariats avec des entreprises et des écoles de la région.»

Pour la directrice des programmes «executive» de l’EM Lyon, les deux formations – celle du CRPM et celle de Lyon – ont la même approche du développement des cadres. Lorenzo Pestalozzi, directeur du CRPM, d’ajouter: «Nous avons un positionnement similaire. L’EM Lyon est francophone et elle est spécialisée dans les PME locales.»

Reste à savoir ce qui a motivé le CRPM à mener cette enquête auprès de ses anciens et potentiels élèves. «Avec 15 à 20 participants par session, nos effectifs sont stables, assure le directeur. Mais il y a sept ans, nous avions eu un passage à vide et nous avions refondu le format du programme dans l’urgence. Depuis, nous avons décidé de refaire une étude tous les sept ans pour rester à l’écoute du marché», explique-t-il. Une évolution qui majore légèrement le prix du programme, de 24 800 à 27 900 francs.

L’EM Lyon avait l’ambition, en 2007, de «devenir le numéro trois en Suisse», après l’IMD et HEC Saint-Gall