Le thème devient certes récurrent, mais au vu de la nouvelle ampleur du phénomène, je ne peux m’empêcher d’y revenir. A l’heure des bilans, les mesures d’audience en France montrent une nouvelle (forte) poussée des séries. Sur les 100 programmes les plus regardés en 2009, 64 étaient des séries. Sept de plus qu’en 2008, 17 par rapport à 2007. Faut-il s’en réjouir? Voire…

La synthèse hexagonale illustre l’assise de TF1, qui rafle 96 (!) des meilleurs audimats. Toutefois, la première chaîne ne fait plus illusion: les grands scores se raréfient. En 2006, 45 programmes attiraient plus de 10 millions de téléspectateurs; l’an passé, cinq seulement. Le public s’effrite donc à grande vitesse. Et la France se normalise. La domination, jusqu’ici écrasante, de TF1 constituait une anomalie mondiale pour un grand pays. Avec plus de 17% de part de marché, la TNT ronge les flancs des grands diffuseurs.

Le trio gagnant comprend «Les Enfoirés font leur cinéma», suivi du match France-Irlande, puis de House. Les aventures du docteur revêche occupent à elles seules 17 des 100 premières places. Sur les 15 premières marches du podium, neuf sont accaparées par Gregory House. Le classement se présente ainsi comme une «longue litanie de séries américaines», a résumé Le Figaro . «Les séries américaines locomotives des audiences TV», ont titré Les Echos . La précision de l’origine compte: ce sont bien les fictions d’outre-Atlantique qui offrent à TF1 son relatif succès. Le palmarès hexagonal ne comprend que quatre feuilletons nationaux. Le premier, un épisode de Joséphine Ange gardien, pointe au 64e rang…

Même si le paysage télévisuel belge diffère, les résultats en Belgique francophone, dominée par la chaîne privée RTL – TVI, indiquent la même tendance.

Soixante-quatre séries dans le top 100, donc. Onze films de ciné­ma seulement. Neuf émissions de télé-réalité. Bien sûr, les sériephiles pourraient exulter, sortir malgré la froidure de janvier et danser dans les parcs pour célébrer le triomphe populaire de leur hobby.

Je doute pourtant qu’il y ait vraiment lieu de pavoiser. Parce qu’un tel plébiscite n’incite pas les responsables des programmes à faire preuve d’audace. Au contraire, en ces temps de contraction des recettes publicitaires, la seule méthode jugée sûre consiste à capitaliser à partir de l’acquis. Conséquence, ces innombrables rediffusions des mêmes séries, accrochées à la découverte d’un épisode inédit en prime time.

C’est le paradoxe des séries: leur consommation croissante conduit, de fait, à un appauvrissement de la diversité de l’offre. Cet impact se révèle encore plus brutal en Suisse romande, avec la double diffusion TSR, puis TF1. Les sériephiles curieux ne gagnent absolument rien à ce que leur genre grimpe en popularité. Le seul effet collatéral, mais heureux, est que d’autres chaînes investissent le créneau en apportant une touche d’originalité, songeons à Arte. Au moins cela.