Les 1001 imagiers du canton de Vaud

Images L’Elysée expose la Collection iconographique vaudoise initiée parle pasteur Vionneten 1896

Un inventaire foisonnant

Des centaines de milliers d’objets, peut-être plus, dont à peine 10% ont été explorés. De 1896 aux années 1980, la Collection iconographique vaudoise s’est attachée à dresser l’inventaire du canton: patrimoine, objets du quotidien, personnalités… Une entreprise titanesque, dont le Musée de l’Elysée est le dépositaire depuis sa création il y a trente ans et qu’il souhaite désormais exhumer. «La mémoire des images: autour de la Collection iconographique vaudoise» présente quelque 500 parmi ces documents historiques.

La première pièce est consacrée aux tirages de Paul Vionnet, pasteur né en 1830 à Aubonne, photographe pionnier et surtout initiateur de la collection. Elle est un condensé de l’esprit de ce fonds, légué en 1903 à l’Etat de Vaud. Les détails de la cathédrale de Lausanne côtoient des vues plus générales de la Cité, des paysages de montagne et quelques portraits. Une dizaine d’images sont tirées de l’inventaire du patrimoine préhistorique de Suisse et de Savoie publié par le ministre du culte en 1872. D’autres relatent les événements locaux: explosion de l’arsenal de Morges en 1871, commémoration du centenaire de l’indépendance vaudoise en 1903, construction du pont Chauderon en 1904, par-dessus de jolies maisonnettes entourées d’arbres. Les procédés se suivent aussi, du cyanotype au tirage sur papier salé ou albuminé.

La deuxième salle donne une idée de la manière dont était constituée la collection. Des objets: une fourche, un rouet, une draisienne. Des photographies d’objets: les crosses de fusils de Napoléon ramenées de Sainte-Hélène par son valet vaudois ou des portraits peints de célébrités. De nombreuses gravures, estampes ou peintures. «Le pasteur Vionnet a utilisé la photographie comme nouveau moyen de raconter l’histoire. On ne montre pas les objets mais des documents les représentant, explique l’historien Olivier Lugon, associé à l’exposition. Nous sommes entre le musée, l’archive et la bibliothèque.» Une initiative qui répond à l’appel à la création de musées de photographie documentaire lancé en 1892 par l’Anglais Harrison. «Le travail de reproduction permet alors de créer des sortes de méta-musées, ce qui n’est pas sans lien avec ce que propose Internet aujourd’hui», note Olivier Lugon. Des lieux dédiés naîtront à Paris ou Genève, mais seule la Collection iconographique vaudoise – renommée Musée historiographique vaudois en 1913 – perdurera.

En 1945, le fonds est rattaché à la Bibliothèque cantonale universitaire. Cette nouvelle visibilité attire de nombreux legs. D’abord amateures, les photographies sont ensuite réalisées par des professionnels mandatés par des institutions. Sous les combles du musée sont présentés quelques-uns de ces corpus, thématiques; c’est la partie la plus intéressante de l’exposition. Auguste Moser-Wager, cuisinier pour les cours de Grande-Bretagne, du Danemark et de Norvège entre 1899 et 1918, a rempli un album d’images royales. Dans les années 1930 et 1940, Emile Gavillet, notaire passionné d’art rural, a compilé les vieux greniers, les fontaines et les puits, les enseignes d’auberges et les moules à gaufres. Le Service des travaux publics, lui, a inventorié les portes vaudoises et les problèmes auxquels était confrontée la voirie aux premiers temps de l’automobile. Dans un album à la couverture végétale, le portrait d’une vache placide au milieu du chemin. A côté, une étiquette d’écolier indique qu’à Aigle, «le bétail ne doit pas être attaché aux barrières des routes».

Chaque collectionneur ayant son dada, on trouve encore des compilations de coupes de communion, des photos de classe, des dessins de tenues militaires ou encore toute la documentation possible sur la Fête des Vignerons.

Au sous-sol, quelques grands noms de la photographie vaudoise, dont Gaston de Jongh. Un fonds qui contient à lui seul plus de 400 000 pièces. «La Collection iconographique vaudoise est le fondement du Musée de l’Elysée comme musée de photographie, mais elle n’avait jamais fait l’objet d’une étude et d’une exposition en soi, souligne la commissaire Anne Lacoste. Il nous a fallu une année entière pour en comprendre le fonctionnement et nous pensons en avoir exploré moins d’un dixième.» Des trésors de la petite et de la grande histoire, mais aussi de l’histoire de la photographie, sommeillent sans doute encore dans les boîtes et les tiroirs conservés sous gare.

La mémoire des images: autour de la Collection iconographique vaudoise, jusqu’au 3 janv. au Musée de l’Elysée, à Lausanne. Publication scientifique chez Infolio. Colloque sur la documentation visuelle et sonore autour de 1900 les 5 et 6 novembreà l’UNIL et à l’Unige. wp.unil.ch/memoiredesimages

«Une collection entre le musée, l’archiveet la bibliothèque»