Cinéma

Les 1001 nuits de Nacer Khemir

Dans «Shéhérazade», le cinéaste tunisien rend hommage à l’art du conteur

Deux livres contiennent la culture arabe. Le Coran qui dit comment il faut vivre. Les Mille et Une Nuits qui dit comment il ferait bon vivre. Nacer Khemir est un apôtre du second. Calligraphe, comédien, poète, le cinéaste tunisien a transposé les enchantements du livre populaire dans des films splendides comme Les Baliseurs du désert, Le Collier perdu de la colombe ou Bab’Aziz.

Pour Shéhérazade, il revient aux fondements de la culture orale. Assis sur la scène d’un théâtre tunisien constellée de lumignons, vêtu de noir, une fleur à la main, il réaffirme la puissance de la parole à travers quelques histoires où les tapis dessinent des jardins et les jardins des tapis.

Il y a de pauvres pêcheurs qui tirent de la mer des vases contenant quelque djinn vindicatif, des princes et des princesses amoureuses, des vieillards à barbe blanche assis sous des figuiers, et des trésors sous les figuiers, des oiseaux bleus venus de Chine, le cœur arraché d’une mère se souciant encore de son fils bien aimé, des pays merveilleux où la monnaie est «Dieu soit loué!», des fêtes qui durent sept jours, voire sept années… Les histoires s’emboîtent les unes dans les autres pour former des labyrinthes incluant le conteur qui, d’incises en apostrophes et «contes à propos», enrichit cet enchâssement de récits féeriques.

La parole illustrée

C’est à ce corpus, remontant au VIIIe siècle, que la princesse Shéhérazade, selon la tradition, doit la vie. Promise à la mort au matin de sa nuit de noces, elle a tenu le sultan en haleine pendant 1001 nuits avec ces contes. Le conteur perpétue cette parole qui sauve.

Une voix off, attribuée à Shéhérazade en personne, donne en contrepoint quelques notations didactiques. Et quelques courtes séquences, reconduisant la qualité formelle des films de Nacer Khemir, illustrent les propos. Cette forme de parasitisme traduit le doute qu’a dû éprouver le cinéaste: filmer un conteur, même d’une qualité supérieure, n’est pas plus probant que filmer un opéra. Car le cinéma met une distance rédhibitoire entre l’artiste et son auditoire.

VV Shéhérazade, de Nacer Khemir (Tunisie, 2012). 1h21.

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