littérature

Les 12 romans qui marquent la rentrée

Sur les quelque 650 titres de la rentrée, nos critiques ont choisi douze œuvres remarquables, où des stars comme Amélie Nothomb et Jonathan Franzen côtoient des auteurs surprise

Qui ? Jean Rolin
Titre: Le Ravissement de Britney Spears
Chez qui ? P.O.L, 288 p.

Qui? Jean Rolin, né en 1949, auteur de reportages très littéraires et de récits de voyage. Comme son frère Olivier, ancien militant maoïste, ce qu’il a décrit dans L’Organisation (Gallimard, 1996, Prix Médicis).

Quoi? Exilé dans le Haut-Badakhchan, un agent des services secrets français raconte à son collègue tadjik comment il a enquêté sur Britney Spears à Los Angeles, dans le but de déjouer un attentat islamiste contre la star.

Pourquoi? Pour la drôlerie du contraste entre l’absurdité du propos et la subtilité de l’écriture de Jean Rolin. Pour le regard sur le star-system et les paparazzi. Pour le très beau portrait de la ville parcourue à pied et en bus par un agent qui ne sait pas conduire. I. R.

Qui ? Ursula Priess
Titre: A travers tous les miroirs
Trad. de Laure Abplanalp Luscher
Chez qui ? Zoé, 160 p.

Qui? Ursula Priess, née en 1943, est la fille de Max Frisch (1911-1991). Une lourde filiation qu’elle exorcise après avoir longtemps fui ce père encombrant.

Quoi? A Venise, une femme déjà âgée rencontre un homme avec lequel un nouvel amour semble possible. Mais entre eux s’interposent des fantômes, celui d’Ingeborg Bachmann et celui de Frisch, dont elle a été la maîtresse. Au présent se mêlent les souvenirs d’enfance et de jeunesse, formant un portrait inédit de l’écrivain.

Pourquoi? Pour l’éclairage que ce témoignage très écrit apporte sur le grand écrivain alémanique, sur le difficile équilibre entre l’œuvre et la vie. I. R.

Qui ? Jean-Jacques Bonvin
Titre: Ballast
Chez qui ? Allia, 62 p.

Qui? Jean-Jacques Bonvin est né en Suisse en 1951 où il vit aujourd’hui après de nombreux voyages. Sociologue. A publié La Résistance des matériaux (Melchior, 2000). Fondateur en 1983 du festival de poésie sonore devenu Roaratorio, puis, en 2008, de la revue en ligne Coaltar.

Quoi? Quatre morts, qui éclairent quatre vies, bien différentes mais étroitement liées dans la Beat generation: Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg, et celui qui les aimanta tous, Neal Cassady.

Pourquoi? Pour le rythme de ce bref récit, en accord avec la geste hallucinée de cette génération. Pour le plaisir d’entendre une nouvelle voix, originale, en Suisse romande. I. R.

Qui ? Lilyane Beauquel
Titre: Avant le Silence des forêts
Chez qui ? Gallimard, 299

Qui? Lilyane Beauquel vit en Lorraine où elle travaille aujourd’hui comme enseignante et animatrice culturelle. La Lorraine et ses paysages sont omniprésents dans son premier roman, Avant le Silence des forêts.

Quoi? Quatre jeunes Allemands qui s’aiment d’amitié forte sont envoyés ensemble à la guerre. 14-18, l’entrée en France, l’éblouissement des campagnes, les premiers combats et, peu à peu, l’enfer dans les tranchées.

Pourquoi? Parce que Lilyane Beauquel imagine la guerre et le quotidien terrifiant de ces jeunes gens, comme un Rimbaud pouvait rêver la mer, sans l’avoir jamais vue. Comme un très long «Dormeur du val», elle offre un tombeau de mots aux jeunes Allemands, aux jeunes ennemis. E. Sr

Qui ? Emmanuel Carrère
Titre: Limonov
Chez qui ? P.O.L. 496 p.

Qui? Emmanuel Carrère est né à Paris en 1957. Il est l’auteur de onze romans et de deux essais, une monographie sur Werner ­Herzog et une biographie de Philip K. Dick. Après Un Roman russe (2007), il retrouve la matière russe dans cet étonnant Limonov.

Quoi? Comme dans L’Adversaire (2000), Emmanuel Carrère s’attache à un personnage controversé, Edouard Limonov, devenu au­jour­d’hui une figure étrange de l’opposition russe, l’homme a été poète de province, écrivain dandy à Paris et combattant nationaliste dans les guerres d’ex-Yougoslavie.

Pourquoi? Parce que ce livre s’attaque de front aux dérives politiques, aux espoirs et aux désespoirs de la fin du XXe siècle et du début du XXIe, sans esquiver aucune question, même s’il ne les résout pas forcément. Parce qu’il se lit comme un thriller. E. Sr

Qui ? Christian Oster
Titre: Rouler
Chez qui ? L’Olivier, 176 p.

Qui? Christian Oster est né en 1949. Il écrit des livres pour enfants, des polars et des romans. Quatorze ont été publiés chez Minuit, dont Mon Grand Appartement, Prix Médicis (1999), et le quinzième Rouler paraît à L’Olivier.

Quoi? Un homme seul désire le rester. Rien de mieux, pense-t-il, que de s’isoler au volant de sa voiture et de descendre lentement, inventant des détours, vers une hypothétique Marseille. Mais les autres ne se laissent pas oublier.

Pourquoi? Pour retrouver encore la petite musique de Christian Oster; une musique du quotidien, en apparence terne, mais merveilleusement détaillée et drôle. E. Sr

Qui ? David Grossman
Titre: Une Femme fuyant l’annonce
Chez qui ? Seuil, 672 p.

Qui? Grossman, remarquable romancier israélien né en 1954, connu pour ses positions en faveur de la paix et père d’Uri, tué dans un blindé en août 2006 aux dernières heures de la seconde guerre du Liban.

Quoi? L’histoire tragique d’Ora, qui décide de partir en randonnée à travers la Galilée avec Avram, un ami de jeunesse, pour fuir le monde de la guerre, où son jeune fils Ofer est plongé et où elle pressent qu’il va mourir. En disparaissant, elle espère pouvoir le protéger: tant que les funestes messagers de la mort ne la trouveront pas, Ofer sera sauf, pense-t-elle.

Pourquoi? Parce que c’est une histoire bouleversante, en partie autobiographique, où Grossman semble anticiper la disparation de son propre fils, tout en faisant un éloge quasi biblique de la parole, plus forte que la violence, plus forte que la mort. A. C.

Qui ? Jonathan Franzen
Titre: Freedom
Chez qui ? L’Olivier, 720 p.

Qui? Franzen, né en 1959 dans l’Illinois, qui a obtenu il y a dix ans le National Book Award pour Les Corrections, remarquable autopsie d’une famille américaine de la middle class.

Quoi? L’histoire des Berglund, un couple fragile de Saint Paul – Minnesota – qui aura deux enfants, qui se saborde peu à peu et dont on découvre les multiples compromis face à l’existence. Walter, le père, est un avocat qui doit revoir à la baisse ses idéaux de jeunesse et Patty, la mère, est une desperate housewife qui s’ennuie au foyer en rêvant de coucher avec leur ami Richard, un musicien qui finira lui aussi par capituler…

Pourquoi? Parce que Franzen scrute en sociologue les coulisses de l’Amérique, à travers le prisme d’une famille de la classe moyenne dont les tourments reflètent ceux de toute une génération. L’auteur des Corrections y ajoute des réflexions profondes sur les avatars de la liberté dans son pays: un roman-fleuve profondément désenchanté, qui a fait la couverture du Time Magazine, privilège rarissime outre-Atlantique. A. C.

Qui ? Joseph O’Connor
Titre: Muse
Chez qui ? Phébus, 275 p.

Qui? Un des meilleurs romanciers de la nouvelle vague irlandaise, né à Dublin en 1963, auteur de L’Etoile des mers et de Redemption Falls, déjà traduits chez Phébus.

Quoi? Les confessions d’une actrice déchue, Molly Allgood, qui vit prostrée dans une chambre de Londres, au début des années 1950, et qui se souvient de son grand amour, mort depuis un ­demi-siècle: le dramaturge John Millington Synge (1871-1909), célèbre auteur du Baladin du monde occidental.

Pourquoi? Parce qu’on y découvre un épisode peu connu de la vie amoureuse de Synge, mais aussi la quête spirituelle d’un dramaturge qui écrivait pour «apaiser ses démons intérieurs». A. C.

Qui ? David Foenkinos
Titre: Les Souvenirs
Chez qui ? Gallimard, 266 p.

Qui? David Foenkinos, né à Paris en 1974, a écrit un roman qui s’appelle Le Potentiel érotique de ma femme (Gallimard, 2004). S’il fallait un titre pour présenter l’univers comique du romancier, ce serait celui-là. Il a écrit huit autres romans dont Qui se souvient de David Foenkinos? (on aurait pu prendre ce titre-là aussi d’ailleurs.)

Quoi? Dans Les Souvenirs, un jeune homme essaye d’écrire un roman et se souvient de la mort de son grand-père et de sa grand-mère. A l’enterrement de celle-ci, il fait la rencontre amoureuse qu’il attendait.

Pourquoi? Parce que David Foenkinos est drôle et que c’est une élégance très appréciable. Sous ses airs légers, Les Souvenirs offrent une méditation fine sur la mort et la vieillesse. Et puis, les formules de l’auteur pour évoquer les rapports familiaux, l’amour et les conflits de couple valent le détour. L. K.

Qui ? Sylvie Tanette
Titre: Amalia Albanesi
Chez qui ? Mercure de France, 136 p.

Qui? Née à Marseille, Sylvie ­Tanette est journaliste à Espace 2. Amalia Albanesi est son premier roman.

Quoi? Une maman se retrouve un dimanche à aider son fils pour ses devoirs. Il faut cette fois-ci remplir l’arbre généalogique familial… Point de départ banal pour une suite qui ne l’est pas. Remontent à la surface les vies d’exilés d’Amalia, l’arrière-grand-mère des Pouilles, celle de son beau Stepan, venu de la mer Noire et celles aussi de Luna et d’Elias le Libanais, les grands-parents. Le temps d’une soirée, la Méditerranée, ses rêves et ses rages repoussent l’horizon.

Pourquoi? La force du conte. Pour son premier roman, Sylvie Tanette a trouvé un ton qui fait mouche. Elle mêle la légende au quotidien. On s’embarque immédiatement dans ce style nerveux qui engendre une épopée de femmes sur quatre générations. L. K.

Qui ? Amélie Nothomb
Titre: Tuer le père
Chez qui ? Albin Michel, 152 p.

Qui? Amélie Nothomb fait partie du cercle des auteurs à gros tirages. Elle publie un roman par an. Ses titres les plus connus: Hygiène de l’assassin (Albin Michel, 1992), Stupeur et tremblements (1999), Métaphysique des tubes (2000).

Quoi? Joe Whip est un magicien de 14 ans quand sa mère le jette hors de la maison, dans le Nevada. Il cherche un maître et le trouvera en Norman Terence, le plus grand de tous. Accueilli comme un fils, il grandira et saura attendre pour tuer le père.

Pourquoi? Nouvelle de haute marqueterie, Tuer le père se lit d’une traite. L’art du magicien est de semer le doute sur la réalité, apprend-on de la bouche d’un des personnages. Amélie Nothomb se fait fort de troubler le lecteur sur ce qu’il est en train de lire. Le Nothomb 2011? Un cru qui reste en bouche. L. K.

,

Publicité