Compétition

«120 battements par minute», voyage dans l’enfer des années sida

Robin Campillo revient dans un film souvent trop didactique sur la lutte menée par l’association Act Up

Le début de 120 battements par minute assomme par son approche didactique du sujet. On y voit un militant d’Act Up expliquer à quatre nouveaux membres l’histoire, le fonctionnement et les actions de l’association de lutte contre le sida et de défense de la communauté LGBT créée aux Etats-Unis. Comme si, plutôt que de petit à petit mettre en place les enjeux qui sous-tendront par la suite le récit, il fallait tout exposer et tout de suite. Ceci expliquant probablement cela, le scénario a été coécrit par le réalisateur Robin Campillo, lui-même entré à Act Up en 1992, soit au moment où démarre le film, et Philippe Mangeot, président historique de sa section parisienne.

Séquences purement fonctionnelles

Comme s’ils se sentaient redevables de leurs camarades de lutte et de tous ceux qui ont succombé à la maladie, comme s’ils avaient peur que le romanesque n’éloigne le spectateur de ce qu’a été le combat de l’association à une époque où beaucoup pensaient encore que le sida, c’était la maladie des gays, Campillo et Mangeot ont choisi de multiplier les séquences purement fonctionnelles: Act Up fait de la propagande sauvage dans les lycées, Act Up se bat contre l’industrie pharmaceutique, Act Up se demande quel message faire passer lors de la Gay Pride, etc.

On a beau être plongé au cœur des réunions hebdomadaires du groupement, où les décisions se prennent de manière démocratique et où les débats sont vifs, quelque chose ne fonctionne pas. Les protagonistes agissent tous en vase clos, servant chacun à illustrer un aspect de la lutte, du rapport au sexe, à l’amour et à la maladie. Ainsi Adèle Haenel qui, dans un rôle secondaire inutile, ne parvient jamais à incarner son personnage.

Trop d’hésitations

Lorsque se met enfin en place une alternance entre des scènes intimes et de groupe, on pense alors que le film va pouvoir décoller. Las, la lourdeur du montage et de certaines séquences, comme celle qui verra deux flash-back expliciter ce que deux amants se racontent, achève de nous laisser hors du film. Le sujet est fort, important, mais Campillo, qui souhaiterait à la fois atteindre le naturalisme des Dardenne et la puissance fictionnelle d’un Olivier Assayas (voir son sublime Après Mai, sur la génération post-Mai 68), ne parvient jamais à le transcender.

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