humour

«120 secondes», des ondes à la scène

Vincent Kucholl et Vincent Veillon, stars des ondes avec leur séquence quotidienne «120 secondes», amènent leurs personnages typés sur la scène. Première, ce soir, au Théâtre Les Halles, à Sierre

D’un côté, il y a le très cool Vincent Veillon, qui, barbe de deux jours et sourire en coin, balance un fait d’actualité à son invité, comme un dresseur lancerait un poisson à son phoque préféré. De l’autre, il y a le très allumé Vincent Kucholl qui multiplie looks, accents et propos délirants pour composer l’invité hallucinant et souvent halluciné (ah les Surchat, Pahud, Jacquet…!) qui réagit au sujet. Au bout, il y a 120 secondes, séquence culte de quatre minutes qui cartonne chaque matin à 7h50 sur Couleur 3 et fait le buzz sur le Net avec, au total, plus d’un million de clics par mois depuis son lancement, en 2011.

Un méga-succès, donc, y compris en Suisse alémanique, où la séquence est plébiscitée. D’où, il y a une année, l’idée à la fois géniale et risquée de Vincent Sager, directeur d’Opus One à Nyon, et de Denis Maillefer, codirecteur du Théâtre Les Halles, à Sierre: inviter les deux drôles à reconduire l’exercice sur une scène dans un format d’une heure trente.

Fini le champ contre champ où, au fil des secondes, Vincent Veillon est toujours plus sceptique et Vincent Kucholl toujours plus allumé. La scène, avec son plan large et son temps long, a des raisons que la raison ne connaît pas tout à fait. La réussite d’un spectacle tient dans un mélange subtil de présence sur le plateau, d’univers, de rythme et de propos. On comprend la tension de Vincent Kucholl au moment de faire le grand saut. D’autant que 20 000 personnes ont déjà acheté leur billet pour les 70 représentations de 120’’ présente la Suisse prévues jusqu’en avril 2014… Avant la première de ce soir, à Sierre, Vincent Kucholl se soumet à la question.

Le Temps: Pas simple de passer du média électronique à la scène. Comment avez-vous négocié cette transition?

Vincent Kucholl: En changeant le contenu. Le spectacle ne sera pas constitué d’une série de séquences où on réagit à l’actualité, mais d’une conférence avec Powerpoint et portraits filmés qui présente la Suisse sous plusieurs facettes – géographique, historique, politique, économique, culturelle, militaire, etc. Pour écrire le spectacle, on s’est inspiré des ouvrages de vulgarisation publiés dans la collection LEP-Référence, rebaptisée récemment Comprendre – dont je suis le responsable et qui explique la Suisse de manière drôle et simplifiée.

– Une conférence? Vous n’avez pas peur de décevoir vos fans, habitués à des formats courts et à une vision impertinente de l’actualité?

– C’est un pari. Mais que les fans se rassurent, Vincent Veillon, qui conserve son statut de clown blanc et qui joue donc le rôle de conférencier, continue à recevoir des experts que je me fais un plaisir d’interpréter. Et ces experts pourraient bien avoir les traits de Gilles Surchat, chômeur de Reconvilier, de Stève Berclaz, métalleux valaisan, de Sven Pahud, moniteur de fitness à Chavannes et quelques autres intervenants réguliers de 120 secondes, comme le lieutenant-colonel Karl-Heinz Inäbnit ou Reto Zenhäusern, membre de la direction générale de Novartis… En plus, nous maintenons une marge d’improvisation qui nous permettra de tenir compte de l’actualité. Difficile de se débarrasser du virus!

– «120 secondes» se caractérise par son franc-parler. Avez-vous une totale liberté rédactionnelle ou devez-vous soumettre vos chroniques à la rédaction en chef de la RTS avant le passage à l’antenne?

– Nous sommes totalement libres et, même si nous y allons fort, aucune de nos chroniques n’a suscité de réactions colériques ou de demande de droit de réponse. Au contraire, les habitants de Reconvilier nous envoient des paquets remplis de bouteilles et… de pives – en lien avec Schafterpives, l’usine qui a licencié Surchat! Même si on force les accents et les profils des invités, les habitants concernés adorent se retrouver.

– Dans votre spectacle, vous présentez la Suisse. Quelle image donnez-vous du pays? Celle d’un pays formidable où il fait bon vivre? Ou celle d’un pays pourri par l’argent et le profit?

– Je dirais qu’on fait de l’humour politique, mais pas politisé. Un de nos modèles est Mix & Remix, qui n’est rattaché à aucune chapelle, à aucun parti. Dans le spectacle, comme dans 120 secondes, on ne va épargner personne, mais en évitant le piège de la vulgarité.

– A 36 ans, vous êtes comédien depuis une quinzaine d’années, vous avez fait l’école de théâtre Serge Martin. Quelle est l’expérience de scène de Vincent Veillon, formé au design et âgé de 26 ans?

– Vincent joue depuis deux ans dans la troupe d’improvisation théâtrale Avracavabrac et, surtout, il est très doué. Il apprend vite. Les rares erreurs de débutant qu’il a pu faire, il les a rapidement corrigées.

– Vous avez sollicité Denis Maillefer comme œil extérieur. Ce metteur en scène est connu pour son théâtre de l’intime, sentimental et raffiné. Votre spectacle présente-t-il des moments en suspens?

– Oui, certains passages sont plus émouvants. Autour de Gilles Surchat, justement, l’invité que je préfère interpréter. Avec son hypersensibilité et son esprit limité, c’est un formidable personnage de théâtre… Argh, avec ces 20 000 tickets déjà vendus, je suis tiraillé entre la panique totale et l’euphorie. Vivement l’épreuve de la scène!

www.120secondeslespectacle.ch

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