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13 films fantastiques repérés au NIFFF

Le Festival du film fantastique de Neuchâtel s'est achevé samedi. Les films qu'il montre ne sortent pas en salle. Nos propositions pour les curieux, à chercher notamment en DVD, sur les plateformes ou ailleurs

A Neuchâtel, le Festival du film fantastique, le NIFFF, a présenté 90 longs métrages dont la quasi-totalité ne sera pas visible sous nos latitudes autrement, hormis grâce aux services en ligne, qu’il vaut la peine de surveiller. Le NIFFF fait ainsi figure de tête de pont exploratoire. Quelques pistes.

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Le Narcisse 2019 (grand prix) et prix du public

Extra Ordinary, de Mike Ahern et Enda Loughman. Une confiserie irlandaise. Martin, nom de famille Martin, voit sa vie pourrie par sa femme, morte, qui lui laisse des messages sur les miroirs et les toasts. Et maintenant, sa fille est possédée par un Alain Morisod local, sataniste. Martin s’allie à Rose, fille d’une vedette de la TV locale qui proposait l’A bon entendeur des fantômes. Sauveront-ils Rose?


Le prix spécial du jury

Jesus Shows You the Way to the Highway, de Miguel Llansó. Les festivaliers se souviennent de Crumbs, en 2015, film déjà passablement azimuté sur un petit bonhomme qui, zigzaguant en Ethiopie, devenait un super-héros. Le réalisateur reste fidèle à son pays africain d’adoption tout en tournant dans plusieurs pays européens une histoire de cyberespionnage tout aussi frappée, avec un Staline de jeu vidéo et un dictateur à cape violette. C’est même meilleur que Crumbs, car conduit sur un rythme plus soutenu.


Le prix de la critique internationale

Swallow, de Carlo Mirabella-Davis. Une jeune épouse qui se dit heureuse vit dans une riche famille de la région new-yorkaise, qui semble surtout l’apprécier comme future pondeuse de la succession à la tête de l’entreprise familiale. Elle tombe enceinte, et elle commence à avaler des choses, une bille, une épingle, voire une pile… Portrait bien cadré d’une femme qui évolue sans cesse dans les à-côtés de sa vie.


The Guilty, de Gustav Möller. Le film date de 2017, le NIFFF l’a présenté cette année dans sa sélection danoise. Heureusement: cela aura permis de découvrir ce magistral exercice de style. Un soir où il est affecté aux réponses des appels d’urgence par téléphonie, un policier, qui a par ailleurs quelques soucis personnels, se trouve confronté à une femme kidnappée. Il veut prendre en charge l’ensemble du suivi de cette affaire, ce qui le ronge et le conduit a une surprise, voire une déconvenue, majeure. Un film uniquement axé sur le visage du protagoniste: c’est fait, et avec un suspense jamais en relâche. Magistral.


Why Don't You Die, de Kirill Sokolov. Un jeune homme se pointe à appartement du père de sa petite amie, laquelle l’a chargé d’assassiner le paternel. La mise à mort planifiée, au moyen d’un marteau, ne va évidemment pas se dérouler comme prévu. Dans ce lieu confiné, avec la mère qui apparaît pour mieux troubler le jeu, va se dérouler un long western en appartement (moscovite). Un concentré de bonne idées macabres, avec une légère rasade des frères Coen pour le côté désespéré des situations, et la couleur de la tapisserie.


Répertoire des villes disparues, de Denis Côté. Une bourgade de 215 âmes dans le nord du Québec, balayée par les vents et la neige. Un jeune se tue en voiture, son frère est persuadé qu’il s’est suicidé. La métropole voisine propose son aide, la maire refuse, on reste entre nous. Peu après, des disparus apparaissent dans les champs… Une œuvre singulière qui évoque le manque et le repli. Denis Côté (Curling) dit avoir voulu exprimer «une xénophobie ordinaire, une banale peur de l’autre», au moment où affluaient les Haïtiens, entre autres, fuyant les politiques de l’administration Trump.


Swoon, de Måns Mårlind et Björn Stein. L’histoire, inspirée de faits réels, de la rivalité entre deux familles propriétaires des deux parcs d’attractions de Stockholm dans les années 1940. Sur fond de guerre et de l’ambiguë neutralité suédoise, un Roméo et Juliette à l’aube des grands huit qui assume ses moments fleur bleue. Les réalisateurs ont déjà conçu Storm, puis, à Hollywood, Underworld Awakening, tandis que le premier est aussi à l’origine des séries Bron/Broen (The Bridge) et Nuit polaire.

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Come to Daddy, d’Ant Timpson. Elijah Wood est un acteur vraiment épatant dans sa manière de se transfigurer pour ses rôles. Moustache années 1970 et coupe de cheveux Peaky Blinders, le voici en fils qui, répondant à l’appel du père disparu depuis vingt ans, se retrouve dans une maison isolée de tout, au bord de l’océan, avec une pelletée de sable de soucis lorsqu’il découvre que son paternel n’est pas celui qu’il pense. Un sympathique thriller néo-zélandais.


Something Else, de Jeremy Gardner et Christian Stella. Depuis que sa petite amie l’a quitté, temporairement, Hank vit chaque soir l’assaut de sa maison par un monstre insaisissable. Elle revient, le couple s’explique – une magistrale scène théâtrale de 14 minutes –, puis il est question de fêter son anniversaire. La créature a-t-elle disparu? Dans la touffeur de Floride, une jolie histoire d’amours froissées et un suspense au timing épatant.


His Master’s Voice, de György Pálfi. Inspirée par un roman de Stanislas Lem, qui donna Solaris, cette étourdissante odyssée démarre dans le présent, avec la recherche par l’un de ses fils d’un père hongrois exilé aux Etats-Unis qui travailla dans un programme de recherche militaire désormais accusé d’avoir provoqué des morts dans les environs. Le père assure qu’il s’agissait d’un phénomène bien plus important: le premier contact. Bien plus tard, raconté en parallèle, l’humanité fait face à une autre intelligence. On frise le chef-d’œuvre avec ce film au langage personnel, qui semble condenser la théorie de la relativité dans ses couches narratives.


Yves, de Benoît Forgeard. Un frigo connecté améliore les chansons de son rappeur et glandeur de propriétaire. Le frigidaire finit par gagner l’Eurovision. On ne force rien, c’est, à quelques détails sentimentaux près, le résumé du nouveau film de l’auteur de Gaz de France, NIFFF 2015. Un condensé d’humour absurde et de piques – qui ne le sont pas, absurdes – à l’égard des obsessions électroniques des temps modernes.


The Ganster, the Cop, the Devil, de Lee Won-tae. Un chef de gang attaqué par un tueur en série s’allie avec un remuant policier pour mettre la main au collet de l’assassin: ce film, qu’on peut raisonnablement qualifier de viril, joue avec plaisir de cette alliance objective, rendue plus efficace en raison de la concurrence parallèle à laquelle se livrent les deux protagonistes. En bonus, de fortes scènes de baston et de course-poursuite. Retour aux fondamentaux dans Séoul.


The Pool, de Ping Lumpraploeng. Certains amateurs ont pu frémir pendant le tétanisant Trapped (NIFFF 2017, disponible sur Amazon), histoire d’un homme enfermé dans un appartement d’un complexe de Bombay en construction. Ici, en Thaïlande, c’est un gardien de piscine qui se trouve piégé dans le bassin vide sans échelle, qu’investit aussi un alligator. Il y a aussi un peu de sentiments, mais tout est dit. Une nouvelle réussite du film à idée élémentaire, exploitée dans toutes ses pistes.

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Cet article est paru dans une version plus courte, et comportant des renvois à des séances du NIFFF 2019, le 11 juillet 2019.

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