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«13 Reasons Why» invente treize autres raisons de se suicider

Netflix a dévoilé la nouvelle saison de la série controversée sur le harcèlement et le suicide des ados. Expérience scénaristique particulière, cette deuxième livraison est aussi ennuyeuse que fascinante

Cette fois, ils dissuadent même certains jeunes de regarder la série. Dans une séquence placée avant le premier épisode de la saison 2 de 13 Reasons Why, les acteurs défilent, chacun avec leurs bribes de phrases, pour avertir les internautes et spectateurs: il est question de harcèlement à l’école, de viol, de suicide. Donc, si certains se sentent trop fragiles, qu’ils ne regardent pas.

Cette mise en garde fait suite à la polémique provoquée par la première saison de 13 Reasons Why, accusée d’avoir encouragé certains ados au suicide en le figurant de manière trop directe. Vendredi, Netflix a mis en ligne la deuxième saison de 13 épisodes, un étonnant cocktail de lenteur et d’expérimentation scénaristique. A noter que cet article contient des allusions à la première saison.

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Après le suicide d’Hannah Baker

Hannah Baker s’est suicidée, et les secrets demeurent plus nombreux qu’il n’y paraissait à la fin du premier chapitre. Pour les amateurs, la question était déjà de savoir comment Brian Yorkey, qui a créé la série d’après le roman de Jay Asher, allait s’y prendre, puisque l’histoire était close et la matière du roman, pour l’essentiel, épuisée. La solution trouvée est aussi simple, dans le contexte américain, qu’ingénieuse: un procès.

Les parents d’Hannah – c’est-à-dire la mère poussée par une avocate et une lobbyiste, puisque au début au moins, le père a fait défection – attaquent le lycée. L’institution scolaire est mise en cause pour n’avoir rien fait, alors qu’Hannah ne cessait de donner des signes de détresse morale. Le débat promet d’être passionnant: où se situe la responsabilité d’une école face au harcèlement, aux violences sexuelles commise en dehors de son périmètre, aux dépressions de certains élèves?

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Le procès et les mystères personnels

Le procès n’occupe toutefois qu’une partie circonscrite de cette deuxième saison car, en parallèle, les personnages doivent se préparer à témoigner, ou non, et poursuivre leurs stratégies face aux malheurs du lycée de Liberty. Sa mère ayant été impliquée dans la procédure, Clay n’est d’abord pas censé témoigner. Par ailleurs, il ne cesse de dialoguer avec la défunte Hannah, ce qui mine ses jours.

Après une chute dans la drogue, Justin est récupéré pour aider Jessica, laquelle ne veut pas de lui. Elle-même essaie de faire face au viol qu’elle a subi. A ce propos, Bryce reste pleinement soutenu par ses parents, même si un dialogue dans la cuisine entre sa mère et sa nouvelle petite amie laisse penser que la maman a un doute…

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L’ennui et la ténacité

Aucun mystère n’est résolu; il ne fallait rien de moins pour échafauder une deuxième saison en dehors de la structure originale des 13 cassettes laissées par Hannah, qui constituait le gimmick narratif de la première saison.

En roue libre, 13 Reasons Why réussit à devenir plus ennuyeuse encore, et plus stimulante. La tragédie lycéenne s’intensifie, au point que l’on se demande si un seul de ces personnages, pour autant qu’il survive aux années lycée, parviendra à avoir une vie un tant soit peu heureuse. Les auteurs emmenés par Brian Yorkey creusent toujours plus l’enfer ado et scolaire. Leur ténacité dans leur cauchemar de jeunesse fait de cette série une curiosité radicale. Et nous ne sortirons pas du vestiaire: une troisième saison a récemment été confirmée.

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