Certains événements marquent à tel point les consciences que les historiens les utilisent ensuite comme des repères d’un changement caractéristique, d’une transformation mémorable, ce qui constitue la définition même d’un événement qui «détruit et reconstruit» dirait Michel Winock. Certains événements impriment une telle marque qu’ils deviennent les jalons du passage d’une époque à une autre, même si, dans les faits, le changement peut être plus symbolique que réel.

Il en est ainsi de la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, qui annonce le Moyen Age, ou la prise de la Bastille en 1789 qui nous fait basculer dans l’époque contemporaine. La prise de Constantinople par les Turcs en 1453 ou, plus habituellement, la «découverte» de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 annoncent que les temps modernes sont en vue, place à un nouveau monde.

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Multiplication de faits

On pourrait penser que la valse des chrononymes – les noms de périodes – est fixée dans le marbre de la chronologie. L’historien Guillaume Frantzwa vient pourtant bousculer ces impondérables. Et si le vrai changement s’était produit en 1520? C’est en tout cas la proposition, intrigante, presque iconoclaste, qu’il soumet dans son ouvrage 1520. Au seuil d’un nouveau monde.

Pourtant, il ne se passe rien cette année-là, du moins rien de véritablement notable. Il se produit toutefois une multiplication de faits qui, à tous les niveaux et dans tous les domaines, annoncent les transformations à venir. Aux yeux de l’auteur, 1520 serait bien la porte reliant deux mondes, l’un médiéval, l’autre moderne.

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D’un monde à l’autre

Cette année-là, Charles Quint et François Ier entament leur course vers l’empire universel; la chrétienté, ciment unificateur de l’Occident médiéval, se fissure avec la diffusion des thèses de Martin Luther alors que l’arrivée de Soliman le Magnifique marque un nouveau réveil à l’Est. En art, les esthétiques italienne et flamande tentent de s’imposer face aux standards traditionnels. En faisant le tour de la Terre, Magellan ouvre un nouveau chapitre des grandes découvertes…

Repousser les bornes

Un demi-millénaire plus tard, les arguments de Guillaume Frantzwa pourraient convaincre à repousser de quelques décennies les bornes historiques habituelles. Ce qui n’arrivera pas – il manque un marqueur événementiel – et le chercheur n’a pas cette prétention, mais sa proposition constitue un imposant exercice intellectuel, et surtout une belle remise à plat de l’Etat du monde en une année qui, si elle ne signifie presque rien, annonce déjà tout.


GENRE Histoire

AUTEUR Guillaume Frantzwa

TITRE 1520. Au seuil d’un nouveau monde

EDITIONS Perrin

PAGES 268.