Genre: DVD
Qui ? George Dunning (1968)
Titre: Yellow Submarine
Chez qui ? EMI

«Dans la ville où je suis né/Vivait un homme qui allait en mer Et il nous a raconté sa vie/Dans le pays des sous-marins»… Ils partent vivre tous ensemble sous les vagues dans un sous-marin jaune, youpi! Très ploum ploum tsoin tsoin, avec sa basse élémentaire, sa mélodie sommaire, la voix atone de Ringo, un peu de fanfare et des bruitages farfelus, «Yellow Submarine», sorti en 1966 sur Revolver , brille d’un éclat moindre au firmament des Beatles. Mais, de l’école enfantine à la maison de retraite, ce hit des salles de bains s’entonne naturellement.

L’unanimisme joyeux du refrain ancre à jamais la rengaine dans la mémoire collective. Les exégètes cherchent un sens caché à l’antienne enfantine: le sous-marin jaune n’est-il pas une métaphore de la drogue? Paul McCartney récuse cette interprétation. Anyway, le potentiel de la chansonnette est tel qu’il inspire un long métrage d’animation.

Sous la direction artistique du graphiste germano-tchèque Heinz Edelmann, Yellow Submarine anticipe la vogue du vidéoclip en proposant une visualisation de l’univers des Beatles, dans le contexte de la contre-culture des années 60, pacifiste et psychédélique.

Le graphisme novateur pulvérise le préjugé selon lequel le dessin animé est un genre réservé aux enfants. Paul McCartney rêvait d’un Disney pour lequel il aurait volontiers composé quelque «Quand on prie la bonne étoile». Par chance, les concepteurs du film ont préféré puiser leur inspiration avant-gardiste dans Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band , le chef-d’œuvre qui embrasa l’été 67. «Quand je revois le film aujourd’hui, je l’aime bien. Mais à l’époque j’aurais préféré un Bambi », avoue le bassiste dans The Beatles Anthology .

Il était une fois – ou peut être deux, à 80 000 lieues sous les mers, un coin de paradis, le Pepperland, où tout n’est que luxe, calme et musique. Hélas, cette harmonie exaspère les Blue Meanies, de gros vilains à peau bleue, oreilles de Mickey, masque de Zorro, langue de belle-mère… Avec leurs clowns explosifs et leurs lanceurs de pommes vertes, ils attaquent l’utopie sous-marine. Old Fred s’enfuit à bord d’un sous-marin jaune pour chercher de l’aide.

A Liverpool, Old Fred tombe sur ce flandrin de Ringo, qui le mène à ses trois amis: John, qui a momentanément pris la forme de la créature de Frankenstein, George planté sur un Himalaya de sagesse indienne, Paul accompagné par des cris de filles enamourées. Les Beatles embarquent à bord du submersible citron pour un fameux trip. Ils traversent la mer des Sciences, du Temps, des Monstres, des Trous… Ils ramènent la paix au Pepperland, car All you need is love .

Sorti en juillet 1968, le film a été réalisé en onze mois, sans script définitif, porté par un enthousiasme que seule la musique des Quatre de Liverpool pouvait soulever. Un «miracle absolu» se souvient un producteur. Yellow Submarine a été conçu comme «un test de Rohrschach infini». Truffé de références (Chagall, Picasso, les Marx Brothers, Le Magicien d’Oz , Swift…), de jeux de mots intraduisibles (Siturday pour Saturday) et d’inventions surréalistes (il y a même un trou plein dans la Mer des Trous), il déborde de couleurs, ô inflorescences lysergiques jaillissant dans le sillage des Beatles qui réenchantent le Pepperland! Ce manifeste du psychédélisme innove en mêlant photographie et dessin dans la séquence «Eleanor Rigby» et perpétue une tradition du nonsense britannique.

Les monstres qui traînent au fond de l’abysse (la palme de l’absurde va à cette tête de canard emmanchée d’une chaussette géante) n’ont rien à envier aux zarbouches limacieuses qui snifrognent dans l’œuvre de Lewis Carroll. Le Hoover, un bestiau qui aspire avec sa trompe tout ce qui l’entoure, y compris la réalité et lui-même, est issu de l’imagination de John Lennon: «[Les producteurs du film] venaient au studio et bavardaient: «Hé, John, vieille branche, tu as une idée pour le film.» Et moi je sortais tous ces trucs, ils s’en allaient et les utilisaient.»

Quinze chansons des Beatles illuminent le film. Elles viennent de Rubber Soul , Revolver et Sgt. Pepper’s . Il y a aussi quatre inédits que les musiciens s’étaient engagés contractuellement à fournir. La tête ailleurs (ils s’apprêtaient à partir chez le yogi Maharishi Mahesh), ils ne se foulent pas. Paul signe «All Together Now», scout et guilleret. A George Harrison incombe le final grandiose, «It’s All Too Much». Il bricole aussi «Only A Northern Song», un mantra givré plein de sons bizarres qui fait merveille. Enfin, John Lennon improvise «Hey Bulldog», un morceau de sa meilleure veine, mordant, électrique, sarcastique.

«Je tire mon chapeau aux artistes de Yellow Submarine , dont le travail révolutionnaire a pavé le chemin vers le monde de l’animation fantastiquement diversifié que nous connaissons aujourd’hui», éditorialise John «Pixar» Lasseter dans le booklet du DVD. Sans le sous-marin jaune, Nemo le poisson-clown ne serait peut-être jamais arrivé sur les écrans…

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Paul McCartney

dans «The Beatles Anthology»

«Aujourd’hui,j’aime bien le film.Mais à l’époque, j’aurais préféré un «Bambi»