souvenirs

1992, E.T. au stade de la Pontaise

Remémoration d’un concert lausannois. Bluffant, mais si peu émouvant

Et E.T. jaillit de nulle part. Ou plutôt du dessous de la scène, comme le pantin pas encore désarticulé qu’il était alors. C’était le 8 septembre 1992, stade de la Pontaise, à Lausanne, où s’étaient massés quatre dizaines de milliers de fans chauffés à bloc.

Entre chien et loup, Michael Jackson, durant bien une minute, reste parfaitement immobile. Puis, dans ce gimmick qui n’appartient qu’à lui, tourne la tête. D’un quart de tour, presque rien. Début du déluge. A partir des premières notes de «Jamm», il n’y aura plus un temps mort dans ce show calculé au millimètre, ripoliné jusqu’à l’os. C’était le Dangerous World Tour, en son étape vaudoise. Plus fascinant que beau, et escorté des images de ces macchabées ambulants de «Thriller» ou du trop fameux pas arrière dansé de «Billie Jean». Images immuables.

Comme à ces vieux concerts des Beatles ou d’Elvis Presley, les filles avaient hurlé au génie de cet érotisme torride, partagé entre humains et extraterrestre. Des liens à préserver, à choyer comme si c’était la dernière fois, dans cette impression vague, brumeuse, de fragilité savamment entretenue derrière le va-tout homérique de ce type de mégaconcert.

Souvenir tout sauf anecdotique: une jeune fille en sanglots qui avait été hissée par un cerbère et littéralement propulsée dans les bras du faon chantant, cet orphelin du bonheur, pour un tour de piste qui a dû s’inscrire en lettres de feu dans sa mémoire.

Mais un concert du Noir blanchi, c’était une prestation qui filait tête baissée aux antipodes de la spontanéité. Qui vous laissait trépané et mutique en fin de soirée, sans beaucoup d’émotion mais avec des images imprimées pour de longues heures. Une geste réglée comme du papier à musique, mille fois déjà vue sur les clips, mille fois infectante, comme un ver dans votre oreille, comme la démangeaison que provoquent les classiques dans votre cerveau.

Paradoxalement, cette froide perfection faisait mettre le doigt sur le fossé qui sépare le spectacle du spectaculaire. Le gouffre entre la réelle émotion lyrique et la musique jetée en pâture à un public acquis d’avance, si rassurante. Trop rassurante.

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