Le roman «Les Dents de la mer» («Jaws»), qui a inspiré le film que l’on sait, a été publié il y a 45 ans. Depuis, plus de 120 films ont joué sur la terreur des squales. Cet été, «Le Temps» plonge sous l’eau, vers ces gueules menaçantes.

Durant les quarante ans d’histoire des films de requins, l’an 1999 représente un jalon majeur. C’est l’année de la grande relance. Même si le déferlement de squales – au sens littéral, il en pleuvra – viendra plus tard.

En 1999 sortent deux films américains aux statuts et moyens différents, mais qui se ressemblent à plusieurs égards. Deep Blue Sea (Peur bleue), de Renny Harlin, est une production relativement confortable de Warner avec les Australiens de Village Roadshow, très en vogue à ce moment-là. Shark Attack, de Bob Misiorowski, représente un téléfilm modeste, bénéficiant d’un Casper Van Dien auréolé de ses récentes participations à Starship Troopers et un Tarzan.

Le requin tue mais devrait guérir

Les cadres et intrigues diffèrent, mais le postulat est le même: des scientifiques utilisent des requins devenus hyperdangereux pour mettre au point de nouvelles thérapies. Dans Deep Blue Sea, la chercheuse incarnée par Saffron Burrows, à bord d’une station perdue dans un océan non précisé, veut exploiter les cellules du cerveau des requins pour lutter contre Alzheimer. Shark Attack, lui, imagine des travaux contre le cancer en Afrique du Sud.

Le film le plus «friqué» des deux est le plus spectaculaire, mais aussi le plus rigolard. La scène culte du film survient lorsque Samuel L. Jackson, qui vient se dégourdir les jambes après les longs métrages de Tarantino, tient un discours de mobilisation d’équipe avant d’être fauché par un requin qui a bondi hors de l’eau. Ensuite, on entre dans un récit de survie.

Ces films ouvrent les écoutilles

L’importance du moment est que ces films ouvrent les écoutilles sur les deux bassins: le long métrage de studio un peu coûteux et la bande divertissante fauchée, «direct to video», comme on disait avant la vidéo en ligne. Shark Attack aura deux suites – le deuxième est assez correct –, puis encore un quatrième opus. En 2002, le 3e chapitre apporte un nouveau monstre dans le bestiaire, le mégalodon, effrayante réminiscence du temps des dinosaures, encore plus massif et méchant que les grands blancs actuels.

Ce glouton-là figure aussi, dans les sombres profondeurs de l’Arctique, dans la distribution de Killing Sharks, aussi titré Megalodon. Là, on évoque les forages nuisibles d’une plateforme pétrolière qui, à force de violenter la croûte terrestre, libèrent une nuée de poissons voraces et surtout un colossal mégalodon (dont l’image fait penser aux jeux d’arcade de l’époque).

Il y a des suites dans les années 2000

Dans la foulée des deux films de 1999, les années 2000 vont ainsi offrir un premier bouquet sanglant, encore raisonnable en termes de quantité. On relève à mi-parcours un Shark in Venice hélas introuvable, et surtout, à la fin de la décennie, Mega Shark vs. Giant Octopus, une œuvre séminale dont on aurait tort de minimiser la portée mythologique.

Le mégalodon revient faire un tour, mais, cette fois, des manœuvres militaires ont également décoincé des glaces préhistoriques une pieuvre titanesque, dont les tentacules sont en mesure d’enlacer le requin avec une tendresse de veuve noire des profondeurs. Il y avait déjà eu des films de poulpes pas sympas: dès lors, le cinéma Z opère la grande réunion des vilains en eaux troubles. Durant les années 2010, les mariages de coquecigrues à lames et autres formes d’horreurs en inflation vont se multiplier. Preuve de la vitalité du secteur, Deep Blue Sea a eu sa suite en 2017, qui relève plutôt du remake, et même du fastidieux. Il y aura des choses bien plus croustillantes à croquer.