Le 1er Forum de l'estampe et de l'édition d'art en Suisse romande, du nom de l'espace qui l'accueille, le Forum de l'Hôtel de Ville à Lausanne, accueille 16 exposants, pour la plupart vaudois. Les organisateurs, l'imprimeur et éditeur Raynald Métraux et Graphirama (l'Association pour la sauvegarde des techniques des arts et métiers graphiques), entendent lever le voile sur le travail relativement confidentiel des différents ateliers d'impression en taille-douce, de lithographie, de sérigraphie et d'édition de livres d'artistes.

Les participants se présentent comme des «artisans de haut vol», qui ne cherchent pas à rivaliser avec les artistes, créateurs d'images, ni avec les écrivains, mais bien à collaborer avec eux. Les visiteurs – public d'amateurs éclairés et de clients potentiels ou simples passants happés par la porte largement ouverte sur la place de la Palud – sont frappés par la vitalité de ce secteur d'activité, réputé en perte de vitesse. Qu'en est-il exactement? Raynald Métraux constate qu'à l'évidence les jeunes au sortir de l'école des beaux-arts ne sont guère intéressés par la gravure, relayée par les nouveaux médias tels que la photographie ou la vidéo. En revanche et à mesure que l'on s'élève sur l'échelle de la notoriété, les artistes considèrent ce mode d'expression comme intemporel, nullement en décalage avec la création contemporaine.

Le graveur ou l'imprimeur conservent le rôle qui consiste à offrir au public des «multiples originaux» dus à tel ou tel artiste dont ils n'ont pas les moyens de s'offrir un «original unique». Ce même public ressent d'indéniables émotions liées au support de papier, aux dimensions sensorielles de l'estampe, au pouvoir expressif d'images produites par des moyens simples, sinon archaïques. Des moyens dont l'exposition révèle néanmoins la complexité.

L'invention de «l'illugraphie»

Le paradoxe tient dans le fait que ces techniques plus ou moins anciennes, de la xylographie ou de la typographie à l'impression laser ou à «l'illugraphie» inventée par Chabloz éditeur à Lausanne, recouvrent un savoir-faire auquel participent de multiples détails: «Le travail de pressier demande une grande expérience», insiste Raynald Métraux, qui évoque le «partage des tâches» entre dessinateur et imprimeur. «L'artiste délègue le tirage aux professionnels. Il se réapproprie son travail au moment de numéroter et de signer les estampes. Pour ma part, je ne me sens nullement un artiste frustré. Je suis content d'être un artisan. Mon rôle comprend également la diffusion, parfois des collectives montées dans mon atelier, au Flon.»

Le Forum est représentatif de la diversité des ateliers et des expressions. Du vétéran Gonin, qui incarne la genèse du livre d'art en Suisse romande, à un artiste-imprimeur-voyageur tel que Thierry Bourquin, des Editions Nomades, des ateliers réputés de Saint-Prex et Raymond Meyer à Pully à la collection [Remarques] chez Chabloz ou aux Editions Simecek, axées sur la littérature, des échoppes de reliure à de petits ateliers ouverts aux indépendants ou aux élèves, la pratique et l'édition d'estampes se révèle multiforme.

1er Forum de l'estampe

& de l'édition d'art.

Forum de l'Hôtel de Ville (pl. Palud,

Lausanne, tél. 021/315 22 76).

Lu 13-18h 30, ma-ve 10-18h30,

sa 9-17h. Jusqu'au 8 septembre.