«Ma chère Maman! Je ne suis plus le 55e, je suis un peu remonté c.-à-d. le 40e. Nous avons composé hier en latin et en allemand. J'ai 4 fautes en latin, je ne sais pas combien j'en ai en allemand, je crois cependant que je remonterai encore.» Le garçon de 14 ans qui écrit ces lignes en 1822 grimpera, en effet, jusqu'au quatrième rang de sa classe de 90 élèves. Il arrivera même à la tête de l'Etat français, en 1852, sous le nom de NapoléonIII.

Mais pour l'heure, l'adolescent suit les cours du lycée d'Augsbourg, en Bavière. Où il vit en exil. La défaite de son oncle, NapoléonIer, à Waterloo, a contraint la famille à partir de France. C'est ainsi que sa mère, Hortense de Beauharnais, se retrouve (dès décembre 1815) à Constance, dans le duché de Bade où sa cousine Stéphanie de Beauharnais est mariée au grand-duc CharlesII. Hortense est aussi plus près de son frère Eugène (1781-1824) ex-vice-roi d'Italie, réfugié à la cour de son beau-père le roi de Bavière. La duchesse de Saint-Leu, comme elle est désormais titrée, achète en février 1817 le château d'Arenenberg sur la rive thurgovienne du lac inférieur de Constance.

La mère et le fils s'y installent définitivement à partir de 1824. Hortense y décédera le 5 octobre 1837. Charles Louis Napoléon Bonaparte, le futur empereur NapoléonIII, doit quitter les lieux l'année suivante sous la pression de la France qui menace la Suisse d'une intervention armée. Et c'est en 1906 que l'impératrice Eugénie (de Montijo, 1826-1920), épouse de NapoléonIII, lègue le domaine au canton de Thurgovie. A charge pour celui-ci de faire de la demeure patricienne un Musée Napoléon et d'accueillir dans les dépendances une institution d'utilité publique. Ce fut l'Ecole cantonale d'agriculture.

A travers son aménagement d'époque, le Musée Napoléon restitue l'atmosphère de la période qui aboutit au Second Empire et en particulier les goûts d'Hortense, de son fils Louis Napoléon et de leur petite cour. En outre, deux expositions temporaires sont organisées par année. Celle de cet été 2008, commémorative puisqu'elle célèbre le 200e anniversaire du souverain (1808-1873), est intitulée Napoléon III - L'empereur du lac de Constance.

Cette présentation occupe une quinzaine des quelque 25 pièces que comprend le bâtiment. Au premier étage sont évoquées les années de Louis Napoléon Bonaparte à la tête de l'Etat français, d'abord en tant que président de la Deuxième République puis comme empereur. Sont également cernées la personnalité de Napoléon III, celles de l'impératrice Eugénie et de leur fils unique (Loulou), le prince impérial qui trouvera la mort en 1879 à 23 ans, dans les rangs de l'armée britannique en Afrique du Sud, face à des guerriers zoulous. Toutefois, explique la conservatrice Christina Egli: «Nous nous sommes concentrés sur les 30 premières années de Louis Napoléon.» Le deuxième étage est donc consacré à l'installation sur les bords du lac de Constance, à l'enfance du futur empereur, à son éducation.

Quant aux années tantôt tranquilles tantôt aventureuses du jeune homme, elles sont décrites dans les soupentes du troisième étage. Avec la mention de ses divers stages à l'Ecole militaire centrale fédérale de Thoune, sous les ordres du colonel Henri-Guillaume Dufour, où Louis Napoléon obtient le brevet de capitaine d'artillerie. Avec la présentation de son diplôme de citoyen thurgovien. Par le rappel aussi de ses menées subversives. Sa participation, en Italie, aux révoltes des carbonari dans les Etats papaux. Sa tentative de soulever la garnison de Strasbourg pour marcher sur Paris, dont l'échec lui valut d'être expédié par le roi Louis-Philippe aux Etats-Unis. D'où Louis Napoléon revint vite, pour soulager les derniers jours de sa mère.

La visite est jalonnée d'objets - de sa gourde d'artilleur au fragment de la bombe d'Orsini qui faillit tuer, le 14 janvier 1858, le couple impérial se rendant à l'Opéra, en passant par la très jolie effigie de Loulou enfant avec son chien Néro, sculptée par Jean-Baptiste Carpeaux, ou les carnets de croquis de Louis Napoléon, bon dessinateur au demeurant. Des bornes audio, des explications en français et, bien sûr, l'agencement des lieux apportent des éclaircissements sur des moments d'histoire, de vies et leur décor.

En déambulant au rez-de-chaussée, le visiteur, après avoir chaussé des patins de feutre, peut ainsi traverser les salons, la salle où trônait le billard, la bibliothèque restaurée dans son état de 1835, la salle à manger où la table est dressée. Au premier se trouvent le bureau d'Hortense, son boudoir à l'abri des oreilles indiscrètes et sa chambre. Celle-ci réaménagée récemment dans les couleurs d'origine d'un papier peint à bandes verticales jaune doré et bleues et meublée de sièges aux tissus en accord et de son lit en fer. Monté sur roulettes et rails pour le faire coulisser afin de tourner autour pour soigner la malade. Hortense est décédée douloureusement d'un cancer à l'utérus inopérable. Grandeurs, misères et souvenances d'une famille impériale, sur terre suisse.

Napoléon III - L'empereur du lac de Constance.Napoleonmuseum (Schloss und Park Arenenberg, Salenstein, tél. 071/663 32 60, http://www.napoleonmuseum.tg.ch). Lu 13-17h, ma-di 10-17h. Jusqu'au 12 octobre.