Le Seigneur des anneaux, Lost, ­Kid A, Kafka sur le rivage… Tels sont les vainqueurs de la consultation lancée dans l e Samedi Culturel le 28 novembre.

Dans ce numéro, nous vous soumettions les palmarès de nos critiques pour la décennie. Du cinéma à la littérature, du théâtre et de la danse aux beaux-arts, des musiques actuelles à la musique classique, sans oublier les séries TV, nous vous proposions, dans chacune de ces disciplines, 15 œuvres. Dix internationales, cinq suisses. Et nous vous invitions à voter sur notre site, à choisir, dans ces listes et dans chaque matière, trois pièces, voire à ajouter une œuvre.

Quelles conclusions tirer? D’abord que vous avez été nombreux à vous prendre au jeu, entre le 1er et le 19 décembre à minuit, date à laquelle s’est clos le vote. Plus de 16 000 clics, pour une participation estimée à deux, trois mille personnes, peut-être plus, si on admet que la tendance des votants a été de privilégier ce qu’ils connaissaient, un, deux, trois champs tout au plus. Les écarts entre les disciplines (3800 clics pour le cinéma, 2032 pour la littérature, 836 pour les beaux-arts) paraissent l’attester.

De ces remarques découle un deuxième enseignement: vous avez voté en passionnés, c’est-à-dire avec sérieux, enrichissant nos listes avec vos propositions. Dans le feu, il y eut même une tentative de fraude: un ensemble de musique classique romand a bénéficié d’un afflux de votes suspects. Un internaute, partisan du pianiste Cedric Pescia, a dénoncé la manœuvre. Nous avons identifié le fautif, corrigé le classement. Il y eut aussi des mobilisations locales, visant à assurer à un artiste de la région un classement avantageux. Le plaisir du jeu, n’est-ce pas de le pervertir un peu?

Au-delà de la péripétie, que disent vos choix? Une fascination pour les artificiers de la fantaisie, fabricants de réalités parallèles, le cinéaste Peter Jackson, l’écrivain Murakami. Mais aussi, dans des domaines qui s’apparentent parfois à des laboratoires de formes et d’idées, une attention à des artistes subtilement subversifs. Le metteur en scène Oskar Gomez Mata et le plasticien suisse Thomas Hirsch­horn ne figurent pas par hasard en tête de liste. Ils ont en commun d’interroger l’espace de la représentation, c’est-à-dire ses conditions. Ils détraquent nos systèmes. Comme leurs pairs illusionnistes, ils invitent à une autre intelligence de soi, mais tournée, celle-ci, vers la réalité.