Une tête bien faite, des doigts qui courent sur le clavier, un cœur sur la main. A 28 ans, Cédric Pescia se distingue par sa clairvoyance. Ce pianiste lausannois, qui a pris le temps de mûrir et a attendu six ans avant d'enregistrer l'œuvre qui lui tient le plus à cœur – les Variations Goldberg de Bach – ne s'est pas trompé. Paru cet automne sous le label Claves, son nouveau et premier disque s'est vendu comme des petits pains en Suisse romande.

Contrairement aux jeunes loups de sa génération, Cédric Pescia a choisi d'adopter un profil bas. Son art n'en paraît que plus noble. Combien de talents éclosent prématurément sous la pression des maisons de disques? Combien sont-ils à se comporter en phénomènes de cirque pour décrocher un succès planétaire? Si la presse de Suisse romande (y compris Le Matin!) a célébré l'enfant du pays cet automne, les mélomanes, eux, ont répandu la bonne nouvelle: près de 4000 exemplaires des Goldberg écoulés en deux mois!

Le toucher enchanteur et la fougue juvénile de Cédric Pescia sont le fruit d'un long apprentissage. Quand il raconte qu'à 11 ans il tombait sous le choc de Parsifal et qu'il passait des heures à déchiffrer des opéras et de la musique symphonique au piano, on comprend mieux d'où vient cette oreille musicale. Ses masterclasses auprès des plus grands (Barenboïm, Staier, Fou T'song, etc.), son Premier Prix au Concours Gina Bachauer de Salt Lake City en 2002, ses succès en Suisse comme à l'étranger, augurent d'une belle destinée. Mais attention: le public international se laisse facilement griser par des comètes à l'éclat factice. Laissons à Cédric Pescia le soin de piloter sa propre étoile.

Il y eut tout d'abord des rôles de second plan dans Gianni Schicchi de Puccini et surtout dans Il Signor Bruschino de Rossini où elle incarnait brillamment le rôle d'une servante (Marianna) aux attitudes aussi manifestement prudes que subtilement sensuelles. Puis vint l'éclosion, avec un rôle exigeant et dangereux puisqu'il la poussait seule sur les planches de l'Opéra de Lausanne. En octobre, Delphine Gillot a dépassé l'écueil de La Voix Humaine de Poulenc avec brio et s'est révélée comme une authentique «bête de scène» en possession d'atouts qui pourraient la mener loin dans sa carrière.

A commencer par ses qualités d'expression théâtrale: on la revoit sur son fauteuil, accroupie dans des postures qui trahissent le désarroi et la solitude. On savoure encore la lente évolution des traits de son visage qui, aux rythmes d'une histoire bâtie autour de la trahison amoureuse et de la séparation, confinent de plus en plus au masque de douleur. Et lorsque la conversation téléphonique avec l'être aimé laisse paraître les failles impossibles à colmater de la rupture, on croit deviner dans les yeux de la soprano lausannoise les larmes du désespoir.

Cette crédibilité scénique, d'importance cruciale dans une dramaturgie centrée sur un seul personnage, est doublée d'une voix époustouflante, qui se révèle avec puissance dans les rares passages sortant du récitatif. La grande précision dans les intonations et dans les attaques ainsi qu'un chant rond qui allie avec équilibre les atmosphères ouatées de l'intimité et celles plus perçantes de la rage, sont des qualités de taille qui font croire que Delphine Gillot est un grand espoir.