RECONSTITUTION

Le petit-fils d'Oscar Wilde rejoue le procès qui a brisé son aïeul

Petit-fils de l'auteur du «Portrait de Dorian Gray», Merlin Holland lira jeudi au tribunal de Montbenon à Lausanne le compte-rendu des audiences.

Petit-fils, ce n'est pas une profession. Mais lorsque le grand-père est célèbre, sujet à débats, exégèses et vieux scandales, l'engagement peu devenir plus prenant. Merlin Holland, 63 ans, a pour grand-père Oscar Wilde, l'écrivain irlandais qui poussa l'art de la repartie fine jusqu'à son sommet et ne s'embarrassa jamais du carcan victorien pour vivre ses passions homosexuelles. Merlin Holland déjeune pour l'heure au buffet de la gare de Lausanne. Il descend tout juste du train qu'il l'a conduit de la Bourgogne où il vit. Invité de la Faculté de droit et des sciences criminelles de Lausanne, il va faire revivre jeudi, au tribunal de Montbenon, le fameux procès qui, en 1895, fit passer Oscar Wilde du statut de star des lettres acclamée et vedette des mondanités à celui de paria. Les journaux de l'époque et le public de Londres à New York suivent l'événement avec fièvre. Condamné pour homosexualité, l'écrivain subira deux ans de travaux forcés et ne s'en remettra jamais. Il mourut peu de temps après, à Paris, à l'âge de 46 ans.

Merlin Holland se sent tenu de venir en aide à son aïeul. Pour rétablir les faits. Contrer des biographes qui réduisent l'auteur du Portrait de Dorian Gray à un insatiable croqueur de jeunes hommes. «Ma motivation? La même que mon grand-père je pense. J'aime piquer la bourgeoisie bien-pensante et les gens trop sûrs d'eux en général.» Il est donc devenu un spécialiste incontesté de la vie et de l'œuvre de son aïeul. En est au cinquième livre, des références. Le prochain aura pour titre Après Oscar. Les échos d'un scandale.

L'onde de choc du procès fit exploser la vie familiale de l'écrivain. Sa femme Constance envoya leurs deux fils, Cyril, 10 ans à l'époque, et Vyvyan, 8 ans, le père de Merlin Holland, à Glion près de Montreux.

Cyril l'aîné sait de quoi on accuse son père. A Londres déjà, il a lu les placards des tabloïds. Son petit frère restera dans l'ignorance jusqu'à ses dix-neuf ans. Leur mère les rejoints en Suisse puis choisit l'Italie et puis l'Allemagne. Elle ne survivra pas deux ans à la tragédie familiale. Cyril passera sa vie a prouver au monde qu'il n'est pas efféminé en s'abîmant dans des prouesses physiques extrêmes. Il mourra lors de la Première Guerre mondiale «très certainement en s'exposant bêtement pour prouver sa force», glisse Merlin Holland.

Vyvyan aura tardivement Merlin d'un deuxième mariage. «Lorsque j'avais 15 ans, il m'a emmené un matin très tôt dans le quartier de Chelsea à Londres, tout près de là où nous habitions. Il m'a montré la maison du bonheur de son enfance où il avait vécu avec ses parents et son frère avant que tout n'explose, les parcs où il jouait... Et puis au moment de rentrer, il m'a tendu son autobiographie qu'il avait écrite sept ans plus tôt. C'est comme cela que j'ai découvert l'homosexualité de mon grand-père. Il faut se rendre compte que l'homosexualité était considérée comme criminelle en Angleterre jusqu'en 1967...» rappelle Merlin Holland.

Après le procès, l'œuvre d'Oscar Wilde a continué à être jouée deci delà en Angleterre. Le Continent, comme disent les Anglais, sera beaucoup plus accueillant. Mais il faut attendre les années 70 pour que la modernité de ses pièces et de ses essais soient pleinement redécouvertes. Pour Merlin Holland, la parution de la correspondance de l'auteur a beaucoup compté pour briser l'image de dandy arrogant et superficiel. «Ces lettres ont mis son âme à nu.»

Au point que le petit-fils se dit aujourd'hui que son grand-père n'a plus besoin d'assistance. «Je peux quitter le nid et écrire pour moi, je crois.» Ce sera un roman situé en Bourgogne.

• Conférence de Merlin Holland sur «Dorian Gray et la chute d'Oscar Wilde» à la Fondation de l'Estrée à Ropraz, mercredi 3 septembre à 20h30.

• Le spectacle démarre le vendredi 5 septembre, chez Barnabé à Servion, à 20h30.

• Lecture du procès, Lausanne, tribunal de Montbenon, 4 septembre, à 20h. Entrée libre sur réservation auprès de huguette.groux@unil.ch

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