Ce jour-là, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, a failli mourir au théâtre… d’ennui. Ce jour-là, des centaines de spectateurs se sont crus autorisés à quitter leurs sièges, dans un râle. Ce mercredi 7 juillet devait pourtant être nuit de sanctification pour le metteur en scène suisse Christoph Marthaler. L’artiste ouvrait le Festival d’Avignon, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, avec un spectacle conçu pour les lieux. Le titre était joueur: Papperlapapp .

Pourquoi ce pataquès? Le propos? Oui. Non. Christoph Marthaler a demandé à ses acteurs de jouer les touristes humant le parfum d’un sacré pas tout à fait perdu. Il leur a aussi demandé de ne rien jouer du tout, mais de chanter des airs célestes. Alléluia! Priez, mes frères. Ce qu’ils ont fait. Il les a encore incités à déambuler entre des papes emmarbrés sur leurs lits d’éternité et un frigidaire Coca-Cola. Christoph Marthaler a étiré le temps. Ça, c’est aussi un blasphème.

Frédéric Mitterrand le lyrique n’a pas survécu. Ses voisins de gradin peuvent témoigner. Il s’est ratatiné à vue d’œil. C’est que Papperlapapp ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait parfois du théâtre dans les cercles parisiens. A l’action, Christoph Marthaler substitue l’attente. A la rhétorique, le bégaiement. Au coup d’éclat, un comique de vieux garçon. Il n’aspire pas à l’esprit, mais à l’âme. Appelons ça présence. Il fait dans le vague, mais chez lui, c’est un art.

A la ville, Christoph Marthaler se promène avec, à bout de bras, des cabas Migros. Il est timide – il le dit du moins. Son poème d’Avignon doit lui ressembler. Il saisit le monde par la bande – d’urgence. Il y aurait là une singularité, celle d’une Suisse qui va de l’écrivain Robert Walser au couple de plasticiens Fischli & Weiss. Ces artistes privilégient les gens d’en bas, le friable plutôt que le dur. Ce mercredi 7 juillet, le soussigné s’est senti un peu de ce pays-là, soudain.