Cinéma

2011, un souffle métaphysique

Le cinéma s’interroge sur le sens de la vie et conjure la peur du noir

Melancholia, de Lars von Trier, se conclut sur le plus prodigieux fondu au noir de toute l’histoire du cinéma. La planète Melancholia se précipite sur la Terre. Ni pleurs, ni prières, ni jeux d’enfants n’infléchiront sa trajectoire. Elle percute notre planète, détruisant toute forme de vie dans l’univers. Le noir éblouissant du générique de fin est celui du néant. Ce noir, on le retrouve en format réduit, dans le dernier plan de Habemus Papam, la fable sarcastique de Nanni Moretti: une fenêtre béant sur les ténèbres du Vatican. Il n’y a plus personne au balcon. Plus de berger pour la chrétienté. Appelé à régner, le nouveau pape a craqué.

Par l’abîme ou la vacance, les meilleurs films de 2011 constatent une perte des repères, traduisent une crise spirituelle, un doute existentiel. Accablés par le poids de l’existence, tous les mortels sombrent dans le désespoir. «Où étais-tu quand je posais les fondements de la terre?» Cette question tirée du livre de Job figure en exergue de L’Arbre de Vie, le poème mystique de Terrence Malick palmé d’or à Cannes. Si Dieu n’est pas au rendez-vous de Nostalgia de la Luz, il a délégué son avatar, le Big Bang. Dans le désert d’Atacama, des astronomes observent la voûte étoilée, s’interrogent sur les mystères de la vie et de la conscience. Et des femmes marchent à petits pas, les yeux rivés au sol, guettant un éclat de soleil sur une esquille d’os humain, les restes d’un fils, d’un mari assassinés. A la fin de son documentaire, Patricio Guzman organise la rencontre des savants et des veuves, de la poussière et de la lumière. Cette théophanie touche au sublime.

Si l’on désespère encore, alors il faut se rallier à la prière païenne de Pina Bausch, «dansez, dansez, sinon nous sommes perdus». Dans le documentaire de Wim Wenders, la chorégraphe défunte proclame la toute puissance de la vie.

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