cinéma

Locarno couronne un film très cérébral

Le Jury international attribue le Pardo d’oro à Historia de la meva mort, d’Albert Serra, évocation prétentieuse de la vieillesse de Casanova

Deux films en compétition ont soulevé l’enthousiasme du public: Short Term 12, de Destin Cretton, Etats-Unis et Tableau noir, d’Yves Yersin, Suisse. Le premier, une fiction, ce situe dans un centre d’accueil pour adolescents en difficultés. Le second, un documentaire, suit pendant un an une classe dans une école des montagnes neuchâteloises. Chacun a reçu une mention spéciale. A ces deux films regardant la jeunesse en face, avec le tort de faire vibrer de susciter des émotions, le Jury international, présidé par le cinéaste philippin Lav Diaz, a préféré une œuvre outrageusement cérébrale et centrée sur la vieillesse. Il attribue le Pardo d’oro à Historia de la meva mort, d’Albert Serra (Espagne/France).

Ce très long métrage (2h28) s’intéresse aux dernières années de Casanova. Quittant l’or et la pourpre des cours européennes, le fameux séducteur s’enfonce en Transylvanie, où son destin va croiser celui de… Dracula. On aurait tort de croire qu’il s’agit d’une série Z, genre «Les Trois Mousquetaires contre King Kong» ou «Hercule et Batman trouvent le Trésor des Templiers»... Car le territoire d’Albert Serra et celui de l’Art. Le cinéaste a une haute idée de son génie puisqu’il affirme ne jamais aller au cinéma (à quoi bon?), de n’avoir jamais, au grand jamais vu de film d’horreur (tellement populaire)…

Le crépuscule du libertin vénitien a inspiré Le Retour de Casanova, d’Edouard Niermans, d’après Arthur Schnitzler, et occupe la dernière partie du magistral Casanova de Fellini, marquée par une glaciation du paysage et des sentiments. Albert Serra préfère les (longs) plans séquence assortis de blabla à coloration philosophique. Il faut lui laisser la beauté de certaines composition: l’incarnat des grenades (symbole un peu convenu de la vulve) tranchant dans des clairs-obscurs dignes des maîtres flamands, des paysages d’une douceur étrange, comme ce grand chêne au pied duquel une femme joue avec un orvet, avatar dérisoire du serpent de la Genèse. Il y a encore cette scène de boucherie d’une splendeur païenne, s’achevant lorsque le museau de la vache est détaché du crâne à coups de haches.

Hormis ces moments fascinants, l’action se languit entre dissertations oiseuses et interludes grotesques. Casanova est un être inintéressant, pris de fous-rires idiots lorsqu’il fornique, défèque ou, simplement lit. A sa décharge, Vincenç Altaio qui prête ses traits au séducteur déclinant n’est pas un comédien professionnel, car Alberto Serra les méprise…

E Agora? Lembra-Me, magnifique documentaire à la première personne dans lequel le Portugais Joaquim Pinto évoque un an de lutte contre la maladie, reçoit un Prix spécial du Jury. Et Hong Sangsoo remporte le prix de le mise en scène pour U Ri Sunhi (Our Sunhi), un récit à trois voix bien dans la veine du prolifique réalisateur sud-coréen

Brie Larson est sacrée Meilleure actrice pour son rôle dans pour Short Term 12, et Fernando Bacilio Meilleur comédien pour sa prestation dans El Mudo de Daniel Vega et Diego Vega (Pérou/France/Mexique).

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