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L’art au risque de la ville

Un secteur officiel d’Art Basel prend l’air dans la ville.Mais il a moins de succès que la performeuse nue Milo Moiré

L’art au risque de la ville

Salon Un secteur officiel d’Art Basel prend l’air dans la cité

Mais il a moins de succès que la performeuse nue Milo Moiré

Jeudi en début d’après-midi, une petite foule se presse devant l’église Sainte-Clara, à Bâle. Tiens, que se passe-t-il? Une performance? Non, c’est un enterrement. Il y a tant d’art cette semaine à Bâle qu’on en oublie parfois que dans la ville, la vie, la mort continuent leurs affaires. Quelques personnes venues à Sainte-Clara pour ce dernier hommage s’étaient d’ailleurs assises sur les barres et les fers à cheval de métal coloré qui composent les sculptures de Mark Handforth, une des quinze œuvres qui composent le Parcours, ce secteur officiel d’Art Basel distribué dans un quartier de la cité rhénane. Comme pour Art Unlimited, les œuvres sont présentées par des galeries. Pour la deuxième année, Florence Derieux, directrice du FRAC Champagne-Ardenne, en est la curatrice.

Le circuit s’est légèrement déplacé par rapport à l’an dernier, toujours dans le Kleinbasel. Mais le principe reste le même: programme en main, on cherche les œuvres, de classiques sculptures ou des pièces plus volatiles. Dans le préau de l’école, celle de Chris Burden est un paisible espace de rencontre. Quatre bancs en fonte forment une petite place carrée, avec aux angles quatre lampes en fonte créées pour un quartier de Beverly Hills dans les années 1920. Mais la pièce la plus touchante est une nouvelle sculpture de Zeng Fanzhi, par ailleurs un des artistes chinois les plus cotés du marché. Cette longue branche de bronze, sèche comme une épine, telle qu’on en retrouve à profusion dans ses peintures de paysage et même ses portraits, lancée vers le ciel selon les à-coups de sa croissance, évoque le dessin de la nature, mais aussi celui de l’artiste, du calligraphe.

La proposition de l’Italien Francesco Arena est d’un autre style. Elle fait se relayer dans la même salle paroissienne, et dans les mêmes chaussures, des performeurs afin de parcourir, d’ici à la fin d’Art Basel, 278 km, soit la distance qu’a parcourue le Bâlois Franz Overbeck pour ramener son ami Friedrich Nietzsche de Turin et le faire entrer à la clinique psychiatrique du Dr Wille. Le philosophe lui avait adressé une lettre qui l’avait alerté sur son état mental. Performances encore avec Pierre Bismuth, mais celles-ci ont-elles seulement lieu? On peut en douter puisqu’elles ne sont pas vérifiables. L’artiste annonce, sur des affiches de format mondial, le principe de performances qui sont en fait des actions anodines, ou quasi, qui disent les petits hasards de la ville: une femme qui sort d’un hôtel avec un concombre ici, une autre qui fait semblant de téléphoner sur son portable ailleurs…

Elle utilisait bien son portable, mais pour photographier autour d’elle, histoire peut-être de se donner une contenance. Il faut dire que, jeudi matin, la belle Milo Moiré est descendue du tram devant Art Basel vêtue de ses seuls escarpins et de quelques mots sur le corps (shirt, slip…). Elle avait prévenu la presse la veille: elle voulait rentrer ainsi à Art Basel. Qui lui a rappelé que les artistes invités dans la foire l’étaient par des galeries qui avaient payé cher pour être là. La jolie dame a donc remis sa petite robe pour visiter la foire. Cette Suissesse de Düsseldorf s’est fait connaître ces derniers mois pour diverses actions du genre. Pas très original, résumerons-nous. Il reste qu’elle aura été, en moins d’une heure, beaucoup plus filmée et photographiée que toutes les œuvres du très officiel Parcours en une semaine.

Plus discrètes encore que Parcours, les vidéos placées dans des vitrines de la ville, ou sur un grand écran sur la Messeplatz, pour le projet videocity.bs. Le programme d’artistes suisses est pourtant intéressant mais il n’a pas trouvé le moyen d’être aussi sexy que Milo Moiré. Il est bien difficile de faire sa place face à l’immense machine d’Art Basel.

Art Basel, jusqu’au 22 juin. www.artbasel.com

Programme en main, on cherche les œuvres, sculptures ou pièces plus volatiles

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