Rétrospective

2015 dans le rétro: photographie

«Le Temps» revient sur le concours World Press Photo et ses tumultes

Chaque année ou presque, le World Press Photo suscite des remous. En 2015, ce fut la tempête. Début mars, l’organisation a retiré à Giovanni Troilo son Premier Prix dans la catégorie «Problématiques contemporaines» pour une image prise à Molenbeek et intégrée dans un reportage sur Charleroi. Ce n’est pas cela qui avait provoqué la polémique – on ne le savait pas – mais la question de la mise en scène de la série. Certaines situations auraient été reconstituées et d’autres anticipées; un flash a par exemple été posé dans une voiture avant qu’un couple n’y fasse l’amour. L’auteur s’est défendu en assurant que ses clichés reflètent des situations existantes. L’argument est-il tenable concernant un prix de photojournalisme? Assurément non. Le subjectif est inévitable, mais la mise en scène de trop.

Forcément parmi les plus intransigeants, Visa pour l’image a décidé pour la première fois de ne pas exposer les lauréats. Le directeur du plus grand festival de photojournalisme entendait ainsi protester contre la «dérive» du concours, qui a primé en 2015 le portrait d’un couple gay en Russie. «Le World Press Photo fait la part un peu trop belle à des images qui ne sont pas des «World Press Photos of the Year», […] l’actualité de cette année s’est déroulée ailleurs que dans une chambre. Une image réalisée dans l’intimité d’un couple relève forcément de la mise en scène; on ne fait pas l’amour lorsqu’il y a quelqu’un dans la pièce.»

Le World Press Photo aurait pu se rebaptiser World Documentary Photo, il a préféré revoir son règlement fin novembre. Les candidats, ainsi, ne doivent pas «mettre en scène ou faire rejouer une action», doivent vérifier les légendes des photographies ou encore «être transparents sur le processus de prise de vue». Entre une presse en crise et une technologie toujours repoussée, le médium est forcément en train de se réinventer; le débat sur l’image document ou l’image interprétation, qui accompagne en réalité la photographie depuis son invention, est loin d’être clos.

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