biographie

Une aristocrate en avance sur son temps

La comtesse Greffulhe fut la femme la plus en vue du Paris de la Belle Epoque. Elle inspira à Marcel Proust le personnage d’Oriane de Guermantes. Une biographie complète retrace son parcours hors du commun

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Une aristocrate en avance sur son temps

Elisabeth de Caraman-Chimay, issue de la haute aristocratie belge, épousa en 1878, âgée de 18 ans à peine, le richissime comte Henry Greffulhe. Elle allait devenir rapidement la comtesse Greffulhe, la femme la plus en vue de la haute société parisienne à la Belle Epoque, et offrir à la nation ce que la jeune République n’était pas en mesure de lui donner: une reine.

Réputée la plus belle femme de son temps, elle joua un rôle de premier plan dans la promotion des arts et de la musique: pour employer un mot moderne, elle sponsorise Gabriel Fauré tandis qu’elle introduit Richard Wagner au public français, soutient les audacieux Ballets russes de Diaghilev, non sans remettre Rameau au goût du jour.

Soutien à Marie Curie

Très audacieuse quant à ses opinions, dreyfusarde alors que son milieu social non seulement ne l’est pas mais est volontiers antisémite, elle prodigue son appui à des scientifiques de premier plan, au rang desquels figurent Marie Curie et Edouard Branly. Mais où s’arrête donc la liste de ses connaissances? Richard Strauss, Rodin, Marie Curie, Clemenceau, le tsar Nicolas II… elle ne s’arrête pas, justement. Par l’entremise de son oncle, le dandy Robert de Montesquiou, elle fait la connaissance de Marcel Proust, avec qui elle correspondra jusqu’en 1920. Fasciné par la belle comtesse, Proust en tirera sa principale source d’inspiration pour créer le personnage d’Oriane de Guermantes.

L’ouvrage de Laure Hillerin fait suite à une première biographie remontant à 1991 due à la plume d’Anne de Cossé-Brissac, descendante d’Elisabeth Greffulhe. Laure Hillerin y apporte des compléments qui méritent d’être soulignés: tout d’abord une structure originale où à une première partie chronologique font suite quatre sections approfondissant des aspects particuliers, le mécénat du monde musical, son rôle dans la vie mondaine de Paris, sa relation avec Marcel Proust, la mise en scène de sa propre vie.

On y découvre des aspects tout à fait étonnants de la comtesse, une spiritualité hardie, un engagement en faveur des droits des femmes, une position de femme d’idées qui déploie ses efforts «en vue de faire naître des circonstances».

Laure Hillerin non seulement s’appuie sur une documentation abondante, elle la structure de manière claire: sources, notes, index, tableau thématique des personnages, annexes, tout y est pour allier la rigueur de l’investigation à l’élégance de la plume.

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