Architecture

Carmen Perrin habille l’Alhambra de Genève rénové de rouge et d’or

L’aménagement intérieur du bâtiment rénové a été confié à l’artiste genevoise. Elle en a choisi toutes les couleurs, dans un magnifique concept de dégradés métalliques.

L’Alhambra en rouge et or

L’Alhambra est un lieu mythique pour des générations de Genevois puisqu’il a été ouvert en 1920. Rénové, il a été inauguré ce vendredi. Carmen Perrin a choisi les couleurs des lieux. Visite.

La salle d’abord. Du plafond jusqu’au bas des murs, c’est un dégradé de couleurs et de lumières. L’artiste a mis de l’or au sommet, puis, par bandes horizontales de 85 centimètres, a fait évoluer cet or jusqu’au noir profond au ras du sol. Pour cela, avec le fabricant de peinture, elle a ajouté peu à peu de l’aluminium, puis de l’argent, puis du noir dans le mélange. «Ce sont des peintures métalliques, qui renvoient plus ou moins la lumière», expliquait-elle vendredi au milieu de cette salle enfin inaugurée après trois ans de travaux et mille aléas.

Sauvée de la démolition en 1995

Rémy Pagani, conseiller administratif chargé des Constructions, rappelait que la salle avait en 1995 échappé à la démolition grâce à un référendum cantonal. A un projet de parking, les Genevois avaient préféré un lieu culturel, et un morceau d’histoire. Inaugurée sous le nom d’Omnia, encore inscrit en creux sur la façade, l’Alhambra a été une des premières salles de cinéma de Suisse, la première en tout cas à accueillir le parlant. On y a applaudi Mistinguett, Maurice Chevalier et Joséphine Baker.

La voilà donc restaurée, ouverte au public pour la Fête de la musique en juin, puis à la disposition de l’Association des utilisateurs de l’Alhambra (AdUdA), soit une bonne partie des acteurs de la scène musicale locale. Ce sont en effet en priorité les musiques d’aujourd’hui qui seront ici à l’honneur, même si des festivals de cinéma ou d’autres spectacles pourront aussi parfois utiliser ce bijou. C’est ce que précisait vendredi Sami Kanaan, magistrat chargé de la Culture, à qui Rémy Pagani remettait les clés après des années d’action diplomatique pour que les travaux puissent avoir lieu et se clore. Pour que voisins, utilisateurs potentiels et défenseurs du patrimoine ne bloquent pas le projet pour un oui ou pour un non. Il y a eu des imprévus archéologiques également. On a notamment trouvé dans les fouilles un grand four à pain du Ier siècle, qui sera montré au public une fois étudié.

Clin d’œil à Grenade

Carmen Perrin a aussi choisi le rouge du rideau de scène, et des 750 sièges de la salle (amovibles pour accueillir plus d’un millier de spectateurs debout). Son concept s’appelle d’ailleurs «Le rouge vers l’or» , en hommage à l’historien du théâtre Georges Banu, et à son ouvrage sur la poétique du théâtre à l’italienne.

Ce n’est pas seulement dans la salle, mais dans l’ensemble du bâtiment qu’on baigne dans les couleurs choisies par l’artiste. Partout les mêmes dégradés, qui mettent en valeur les détails de l’architecture. Dans les couloirs, dans le foyer du rez-de-chaussée, dans le nouveau foyer aménagé au deuxième étage, d’où l’on a accès aux balcons, et bien sûr dans l’Alhambar, célèbre avant la fermeture tant pour ses brunchs dominicaux que pour ses soirées festives.

Sur le mur d’un couloir, au dernier moment, Carmen Perrin a souhaité apposer une écriture rouge, «Alhambra», mais en caractères arabes. «L’Alhambra de Grenade était surnommée la Rouge, Al-Hamra, parce que le soleil couchant enflammait ses murs», rappelle-t-elle. Entre le prestigieux témoin architectural de la présence de l’islam en Espagne et la salle des fêtes genevoises, le lien ne tient guère qu’à un nom qui fait rêver. Et peut-être à cette nouvelle façade arrière, désormais revêtue d’une peau de métal cuivré, aérée de moucharabiehs qui rappellent les oculi du plafond de la salle, et donc l’architecture arabisante.

Publicité