essai

Le miracle de la littérature russe raconté par Georges Nivat

Dans «Les Trois Ages russes», le professeur à l’Université de Genève raconte le parcours fulgurant, en deux siècles, d’un génie littéraire exceptionnel qui a bu jusqu’à la lie la coupe amère de l’histoire

Au cœur de l’âme russe

Genre: Recueil d’Articles
Qui ? Georges Nivat
Titre: Les Trois Ages russes
Chez qui ? Fayard, 310 p.

Il y a environ mille ans, le prince Vladimir de Russie (sans parenté directe avec l’actuel maître du Kremlin) avait convoqué les représentants des quatre grandes religions, la grecque, la latine, la juive et la musulmane. De toutes, c’est le rite byzantin qui emporte le souverain kiévien: «On se serait cru au paradis!» s’exclame-t-il. Ainsi la Russie devint-elle orthodoxe. On ne peut pas vraiment dire qu’elle a connu le paradis depuis – les Mongols, l’autocratie, le servage, le communisme sentaient plutôt le soufre –, mais c’est pourtant sur cette terre rude et battue par l’histoire qu’une littérature exceptionnelle est née au début du XIXe siècle.

Dans Les Trois Ages russes, le professeur Georges Nivat montre ce «feu d’artifice jamais vu qu’est la culture russe du temps de Nicolas Ier, c’est-à-dire du temps de ­Pouchkine […] qui a tout marqué de sa pétillante intelligence». Ce «miracle», cet âge d’or littéraire, dans une Russie où les paysans n’ont pas le droit de se marier ou de quitter leur maître sans leur autorisation, va culminer avec le grand Tolstoï. Mais déjà c’est l’âge d’argent qui commence, avec Tchekhov, Alexandre Blok et Andreï Biély, écrivains-sismographes du grand tremblement de terre à venir. Puis Pasternak et Soljenitsyne arrivent, dissidents héroïques d’un cruel âge de fer qui a duré sept décennies.

On trouvera aussi dans ce recueil d’autres articles savants et savoureux: essai sur des aspects de la psyché russe, récits de voyage en Extrême-Orient russe ou en Ukraine parus dans Le Temps , ou encore un hommage à Vladimir Dimitrijevic, fondateur des Editions L’Age d’Homme.

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