opéra

La diva Angela Gheorghiu

Curieuse soirée que celle donnée mercredi soir par la soprano roumaine, au Grand Théâtre de Genève. Malgré ses poses aguicheuses et ses manières parfois outrancières, elle a su émouvoir le public à la fin du concert

Critique

La diva Angela Gheorghiu

Angela Gheorghiu aura changé trois fois de robe durant son concert avec l’OSR, mercredi soir au Grand Théâtre de Genève. C’est que la soprano roumaine se comporte en vraie diva, soucieuse de son apparence, manières parfois outrancières, saluant le public de baisers et d’adieux après chaque air avant de revenir pour le suivant.

Telle est Angela Gheorghiu, imprévisible, avec des changements de programme (deux airs modifiés) qui n’ont sans doute pas facilité la tâche du chef Tiberiu Soare (très moyen) et des musiciens. Le plus beau, elle le réserve pour la fin, avec de splendides «Ebben? Ne andrò lontana» extrait de La Wally de Catalani et «O mio babbino caro» de Gianni Schicchi (offert en bis). On y goûte un très beau timbre, mûr comme un fruit d’été, au phrasé ample et soyeux, l’air de Puccini étant paré de subtiles nuances et inflexions.

Mais pourquoi chante-t-elle avec des partitions sous les yeux? Voilà qui sème un malaise pour pareil concert de prestige. Le récital ne commence d’ailleurs pas très fort avec des tubes de Händel («Lascia ch’io pianga» de Rinaldo) et Gluck («Che farò senza Euridice»). Le style paraît daté, à la fois ampoulé (ces graves poitrinés) et un peu vide émotionnellement. Bref, on la préfère dans «Son pochi fiori» de L’Amico Fritz de Mascagni, sans qu’elle y paraisse franchement investie. Puis vient «L’Air à la lune» de Rusalka, au médium chaud, aux graves mordorés, dont les dernières notes – magnifique timbre! – donnent une idée de ce qu’elle est capable de faire lorsqu’elle se donne à cent pour cent.

En deuxième partie, la diva regarde moins ses partitions, s’investit plus dans la musique. Elle est sujette à un peu trop d’emphase dans «Adieu, notre petite table» de Manon, cabotine dans la «Habanera» de Carmen au style assez fabriqué et voulu (accents à la Callas, graves engorgés), jusqu’à ce qu’elle en oublie son personnage pour chanter enfin avec ses tripes et son âme. Du reste, tous les bis sont très réussis, l’air Ideale comme une chanson traditionnelle roumaine, O mio babbino caro et Granada sur des rythmes hispanisants. Standing ovation méritée, oui, mais l’artiste se fait tant désirer que cette attitude la dessert. On la préfère cent fois au naturel.

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