tendance

Les jeux d’évasion grandeur nature débarquent en Suisse romande

Le concept est simple: les participants ont une heure pour s’enfuir d’une salle thématique. L’enfer, c’est la montre

Echappe-toi

si tu peux!

Tendance Les jeux d’évasion grandeur nature débarquent en Suisse romande

Le concept: les participants ont une heure pour s’enfuir. L’enfer, c’est la montre

Soixante minutes. C’est le temps que vous avez devant vous pour vous échapper de l’une des pièces confinées de ParaPark. Cet escape game («jeu d’évasion») à taille réelle a ouvert ses portes en mars dernier à Genève… pour mieux les refermer derrière les aventureux qui – par équipe de deux à cinq – se retrouvent encabanés volontaires dans l’une de leurs deux salles thématiques. A choix: un laboratoire, théâtre d’une mystérieuse expérimentation soviétique (ratée) sur des animaux, ou un studio habité par un esprit dérangé.

Une fois la porte refermée, les participants sont livrés à eux-mêmes. A eux de travailler en équipe et de faire marcher leurs méninges pour trouver tous les indices dont la pièce regorge. Le tout rythmé par le tic-tac obsédant de la minuterie située près de la porte de sortie.

Les deux créateurs du ParaPark genevois, Attila Horvath et Regina Sipos, se sont inspirés de ce qui existe depuis quelques années déjà dans leur pays d’origine, la Hongrie, où des centaines d’escape games ont vu le jour. «Il y a là-bas une quarantaine de compagnies différentes. Mais, à l’origine, le jeu a été créé au Japon et n’avait été pensé que pour une personne. Le taux de réussite des participants était alors très faible, moins de 2%. En Hongrie, un travailleur social a eu en 2008 l’idée de faire participer les gens en équipe.» Depuis, les ParaPark ont essaimé dans le monde. On en trouve à Zurich, en France, en Espagne ou au Chili.

A Genève, Attila et Regina comptent surtout sur le bouche à oreille pour remplir leur cellule. Le mot est bien passé: en mai, 55 équipes embastillées volontaires se sont essayées à la grande évasion. Un hobby dévorant pour ces deux fonctionnaires internationaux qui prennent sur leurs soirées et week-ends pour gérer les deux salles. Leurs participants sont en général plutôt trentenaires même si ParaPark a déjà accueilli des familles et des retraités. «Nous avons aussi pas mal de touristes, de passage à Genève, qui viennent chez nous parce qu’ils y ont déjà joué dans d’autres villes», explique Regina. Reste que ce genre de jeux se heurte vite aux limites de leur modèle: les candidats recommencent rarement un escape game dont ils sont venus à bout. «Nous avons mis six mois à installer tout le matériel, explique Attila. Nous ne sommes pas encore prêts à changer l’intrigue mais nous le ferons dès que nous sentirons l’intérêt du public s’émousser.»

Le Temps a souhaité, l’espace d’une soirée, relever le défi de ce huis clos angoissant. Marine Léguillon, Stéphanie De Oliveira et Frédéric Wasmer ont gentiment accepté de nous servir de cobayes. Des cobayes tout de même un brin tendus devant la porte du Studio #113 et ses mystères.

Clic, clac. La porte se referme et le chrono démarre son compte à rebours. La salle est remplie d’objets bizarres, de coffres et de cadenas. Après quelques secondes d’hésitation, le déclic se produit. Les trois candidats se répartissent tacitement la tâche et partent tous explorer un coin de la salle.

Livres, tableaux, meubles, rien ne doit être négligé. Les énigmes sont ingénieuses. L’enchaînement a été savamment orchestré mais ne laisse – seul regret – que peu de place pour les considérations liées au scénario ou à l’histoire du lieu.

Impossible pourtant de ne pas se laisser prendre au jeu. Résolument professionnel, votre serviteur abandonne pourtant assez vite sa casquette de journaliste pour participer à la quête collective. La résolution de deux ou trois énigmes fait vite monter l’excitation. «J’ai trouvé un truc. Viens!» Lequel? Mystère! Pas question ici de briser le suspense. Stéphanie résume: «Le plus surprenant dans ce jeu, c’est cette poussée d’adrénaline quand on résout une énigme et qu’on peut avancer.»

De l’extérieur, les deux maîtres du jeu, Attila et Regina, se révèlent bons princes. Par talkie-walkie ou à l’aide d’images projetées, ils distillent quelques indices pour débloquer les participants qui sèchent sur une combinaison.

Cette assistance n’enlève pourtant rien à la magie de la partie et permet à tous les concurrents – même les moins perspicaces – de progresser et d’avoir une chance de résoudre l’énigme ultime: celle qui débloque la porte de sortie. Une caméra – qui filme mais n’enregistre pas – permet aux organisateurs de suivre la progression des joueurs tout en s’assurant que tout se déroule dans les règles de l’art. On imagine les éclats de rire. «Parfois, oui, concède Attila. Mais le plus drôle, c’est ces dernières secondes où il ne manque aux participants plus qu’un objet pour s’échapper. Ils se mettent alors à retourner toute la salle à sa recherche.»

Sortis à la dernière seconde non sans avoir saccagé le Studio #113, Fred, Marine et Stéphanie, le confirment; dans un escape game, l’enfer, ce n’est pas les autres, c’est la montre.

ParaPark, 105, bvd de la Cluse, 1205 Genève. Coût par salle: 100 francs. geneve.parapark.ch/

«Le plus surprenant, c’est cette poussée d’adrénaline quand on résout une énigme et qu’on peut avancer»

Publicité