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«Perséphone» et «Iolanta» en état de grâce

Les deux œuvres réunies par Peter Sellars éclairent l’édition aixoise

Perséphone et Iolanta en état de grâce

S’il est un spectacle de pure émotion, c’est celui-là. Du moins dans le lot des grands ouvrages aixois de cette année. A l’issue de la première de Iolanta/Perséphone, bien des yeux brillaient dans la salle du Grand Théâtre de Provence, debout aux saluts.

Le doublé consacré au voyage de l’ombre à la lumière vibre d’une affection infinie: Peter Sellars est un sourcier de l’âme. Dans Iolanta de Tchaïkovski, le metteur en scène américain s’appuie sur le lyrisme éperdu de la partition et de ses mélodies exaltées. Et le jeune chef Teodor Currentzis les porte à incandescence avec l’orchestre, le chœur et la maîtrise de l’Opéra national de Lyon.

Les voix splendides d’Ekaterina Scherbachenko (Iolanta), Dmitry Ulianov (René) et Maxim Aniskin (Robert) s’inscrivent dans une distribution majoritairement russe de haute volée, où le ténor Arnold Rutkowski et la basse Willard White s’imposent en princes.

Du côté de Perséphone, deux grands souverains. Le ténor Paul Groves, Eumolpe à l’intensité de chant saisissante. Et Dominique Blanc, lumineuse Perséphone, de cœur et d’esprit. On ne peut imaginer que la collaboration entre Stravinski et Gide fut difficile, tant les visions du chef et du metteur en scène respirent l’harmonie. La dimension chorégraphique occupe le centre de l’ouvrage. Tout prend sens à travers les gestes, si doux, si tendres, si aériens des danseurs cambodgiens et du chœur traité à l’antique. Grâce à la sonorisation qui résonne d’échos divins, Dominique Blanc peut chuchoter un texte qu’elle semble ainsi fredonner comme une berceuse, plutôt que de le déclamer. Une caresse, sur l’orchestre de l’Opéra de Lyon, gonflé de vie. Le décor unique, où quatre cadres de portes supportent d’instables pierres fossilisées, oppose la nuit et le jour, l’enfer et le ciel, la connaissance et l’ignorance. Une heureuse confrontation.

Iolanta/Perséphone Grand Théâtre de Provence les 11, 14, 17 et 19 juillet à 19h. Rens. 00 33 434 08 02 17, www.festival-aix.com

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