Photographie

La Riviera façon Gustave Le Gray

Après Dubai, Martin Becka expose ses vues de la région romande réalisées en négatifs sur papier ciré

La Burj Khalifa, tour la plus haute du XXIe siècle, avec des airs du XIXe; Le Temps avait évoqué en début d’année le remarquable travail de Martin Becka sur Dubai. Utilisant un procédé mis au point par Gustave Le Gray en 1851 – le négatif sur papier ciré – pour photographier une métropole symbole de la modernité, le Français conviait le public à un étonnant voyage spatio-temporel. Il a profité de son passage au Musée suisse de l’appareil photographique pour immortaliser la région de la même manière.

Le résultat est à voir dans une nouvelle exposition à Vevey, intitulée «Territoire», et surtout dans une jolie brochure publiée par le musée. Défilent des endroits connus et que l’on identifie immédiatement, tout en ayant l’impression qu’ils émergent d’un temps révolu. Bâtiment Nestlé à Vevey, quais de Montreux, usine à gaz de Malley, terrasses du Lavaux ou barrage des Marécottes. Les images sont très graphiques, jouant des lignes et des ombres. Le grain et le vignetage confèrent un côté ancien et poétique à la moindre scène, généralement sans âme qui vive du fait du temps de pose extrêmement long.

Trimballant un matériel de quelque 40 kg pour des tirages nécessitant trois à quatre jours de manipulations, Martin Becka défend une approche quasi philosophique. Il l’expliquait ainsi lors de sa venue en Suisse au printemps dernier: «Depuis peu, la proportion entre les urbains et les ruraux s’est inversée. Les villes sont amenées à devenir l’univers de la plupart des gens; cela vaut la peine de se poser des questions sur leur organisation. Je tente de faire une sorte d’archéologie du présent, comme si je regardais le monde depuis un futur assez lointain.»

L’intérêt de la précédente exposition résidait en ce clash entre le XIXe siècle de Gustave Le Gray et le XXIe de Dubai, incarné par ses prouesses architecturales. Appliqué aux rives d’un lac à l’allure forcément éternelle ou à des bâtiments datés, le concept surprend moins. Restent des clichés très esthétiques et une vision légèrement renouvelée de ces coins fréquentés au quotidien.

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