Série TV

«The X-Files», un retour extrême et touchant

La série de complots et d'extraterrestres revient dès ce vendredi sur RTS Deux, puis sur M6. Premières impressions

Chris Carter, le créateur de la série, n'a pas voulu perdre de temps, ni faire dans les nuances. Le premier épisode du retour de «The X-Files», va droit au but: Roswell et la chute d'une soucoupe, pour l'événement fondateur de 1947, ainsi que les retrouvailles de Mulder, Scully et Skinner, de nos jours. RTS Deux lance les nouveaux épisodes en début de soirée ce vendredi, avant M6.

La dixième saison de la série de science-fiction, après son arrêt en 2002, démarre en allant loin dans le conspirationnisme. Les deux anciens agents du FBI sont recrutés par un milliardaire adepte de toutes les théories du complot, y compris celles qui obscurcissent le 11 septembre 2001 – ce qui a valu à la nouvelle série une petite polémique. Le richissime paranoïaque a rencontré une jeune femme qui dit avoir été enlevée moult fois par des extraterrestres; son drame parle bien sûr au cœur de Mulder, dont la sœur fut aspirée par le haut, sans retour. Le personnage de David Duchovny va mouliner de l'esprit comme un lapin de pub pour piles électriques, changeant d'hypothèse sur la nature du complot toutes les cinq minutes au moins.

Revoici «The X-Files», 14 ans après sa conclusion sur petit écran, six années après le dernier chapitre au cinéma. Un retour qui intrigue, qui déconcerte, qui fait chaud au cœur aussi. Les temps ont changé, David Duchovny s'est un peu empâté, Gillian Anderson est toujours aussi belle, et les extraterrestres font encore grise mine.

Archive: notre article lors de la fin en 2002, «X-Files», dix ans de paranoïa «made in USA»

Nous sommes si loin des années Clinton

Les Etats-Unis semblent si loin de l'ambiance politique rock'n roll, flambée économique et fellation passée à confesse publique des années Clinton, lors des débuts de «The X-Files». Au milieu des années 2010, l'univers paraît violent, froid, agité par les religieux vénéneux et les politiciens suicidaires. La dixième saison de «The X-Files», restreinte à six épisodes, raconte un peu cette évolution. Les allusions aux tensions mondiales, surtout à l'emprise sans limite ni frein des carcans sécuritaires gouvernementaux, se multiplient, lors de dialogues parfois fatalistes, dépeignant un certain resserrement du monde. Pourtant demeure l'hypothèse de la vie d'ailleurs…

Lors d'une rencontre animée par «Le Temps» au dernier Festival du film fantastique de Neuchâtel, Chris Carter avait détaillé la recette du retour. D'abord, tenir compte de manière ouverte et affirmée du temps qui s'est écoulé. Ensuite, retenir ce que les téléspectateurs de naguère avaient aimé, et le servir en concentré: la mythologie de la série, l'horreur et l'humour, ainsi que les épisodes autonomes. Dans cette nouvelle saison, quatre chapitres, entre le premier et le dernier, sont des histoires isolées, avec leurs méchants ou leurs monstres.

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Ou presque. Dans le deuxième volet, Scully et Mulder évoquent leur enfant, qu'ils avaient placé «pour sa propre sécurité». Soudain, fait rare dans cette saga, les deux agents en constante confrontation intellectuelle ressentent une absence, une douleur intime.

Une relecture de la création des années 1990

Les années ont passé, pour les auteurs, pour les acteurs autant que dans l'environnement de fiction de la série. A voir ses premiers épisodes, ce retour possède une part de réflexion, dans les deux sens du terme. Chris Carter et ses scénaristes, tous issus de époque ancienne, affirment penser le présent, et veulent le prouver. Ils livrent aussi une relecture de leur propre création.

A certains moments, cette rumination peut paraître caricaturale; le complot du complot, la troisième ou la quatrième couche de conspiration finissent par former un mille-feuille de parano gélatineuse. Mais cette manière de tourner et retourner la matière surnaturelle – autant que politique, après tout – constitue aussi le charme de ces chapitres du retour. «The X-Files» était inventive, divertissante, marrante, et séduisait par son attirail de vaisseaux, d'hommes-vermisseaux et d'envahisseurs à gros bulbes. Elle est devenue une pensée d'elle même, touchante.

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The X-Files. RTS Deux, dès vendredi 19 février, 20h50.

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