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GridGate, scandale de plagiat dans les mots croisés de la presse américaine

En comparant 53 000 grilles, un informaticien a mis au jour le plagiat des mots croisés du «New York Times» par USA Today. Le monde des cruciverbistes est sens dessus dessous

«Les hommes sont comme les mots croisés du New York Times, difficiles et tordus, et vous n’êtes jamais sûrs d’avoir les bonnes réponses». Tiré du feuilleton Sex and the City, ce trait d’esprit montre à quel point les mots croisés de la presse quotidienne, et particulièrement ceux – retors – du quotidien new-yorkais, sont élevés au rang d’icône de la culture américaine. Le jeune Obama lui-même, racontait l’une de ses anciennes petites amies, aimait à prendre son café torse nu en s’attelant à cette tâche dominicale.

Mais, stupeur dans le monde tranquille des cruciverbistes! Dans une longue enquête publiée vendredi 4 mars, le site FiveThirtyEight, spécialisé dans l’utilisation des données, révélait le plagiat: pendant des années, Timothy Parker, célèbre éditeur des mots croisés du quotidien USA Today qui coordonne le travail de dizaines de créateurs de grilles, aurait plagié les mots croisés du New York Times, et dans une moindre mesure, ceux du Los Angeles Times et du Chicago Tribune. Ce plagiat concerne aussi Crossword Universal, fournisseur de grilles pour des dizaines d’autres journaux comme le Boston Globe ou le Denver Post, géré par ce même éditeur. FiveThirtyEight rappelle d’ailleurs que les mots croisés ont fait de Timothy Parker un multimillionnaire.

Sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, un nouveau hashtag montait en puissance, #GridGate, où plusieurs auteurs de mots croisés, comme ici celui du Washington Post, partageaient leurs avis sur ce scandale.

53 000 grilles analysées

Comment le plagiat a-t-il été révélé? C’est un ingénieur américain, Saul Pwanson, qui a levé le lièvre. Il a constitué une base de 53 000 grilles de mots croisés publiées dans différents médias américains. Puis, via un programme informatique, il a parcouru de manière automatisée des milliers de paires de grilles, pour pouvoir attribuer un score de similarité entre elles, pour des lettres en commun et des carrés noirs situés aux mêmes places. Grande a été sa surprise à l’analyse des données: plus de 60 grilles éditées par Timothy Parker sont des copies conformes du New York Times, et des centaines d’autres sont à peine modifiées, utilisant les mêmes canevas de mots, les mêmes définitions et les mêmes thèmes.

Comment le montre cet exemple, plusieurs centaines de grilles du New York Times ont été plagiées par l'éditeur de mots croisés d'USA Today

Car, loin d’être un simple agencement de lettres que l’on pourrait sous-traiter à un ordinateur, la création d’une grille est un exercice difficile, demandant à la fois de la rigueur, de l’imagination et de l’esprit. S’il est possible de copier accidentellement deux grilles, rappelle le site, un tel pourcentage de similarité à sens unique relève bien du plagiat pur et simple. FiveThirtyEight s’attarde d’ailleurs longuement sur la méthodologie de cette enquête.

Graphique: FiveThirtyEight

Contacté par FiveThirtyEight, Timothy Parker ne nie pas les faits. «Pour moi, c’est une simple coïncidence, se justifie-t-il. Nous ne regardons pas les énigmes des autres». L’éditeur plagié, Will Shortz du New York Times, est plus catégorique: «Pour moi, c’est un cas évident de plagiat, contraire à l’éthique. Je ne publierais jamais une personne qui plagie le travail d’une autre personne.»

Lire l’enquête de FiveThirtyEight: Scandale de plagiat dans le monde des mots croisés

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