Classique

La voix envoûtante de Matthias Goerne

Le baryton-basse allemand a chanté le cycle de romances «La Belle Maguelone» à l’Eglise de Verbier, lundi soir. La narratrice Caroline de Bon et la jeune pianiste chinoise Yuja Wang l’accompagnaient dans cette épopée brahmsienne

Il y a d’abord sa présence physique. Il y a cette voix énorme qui emplit la salle de l’Eglise à Verbier. Matthias Goerne chante avec ses tripes, et c’est ce qui rend son interprétation si magnétique. Tandis que Charles Dutoit dirigeait lundi soir Carmen en version de concert à la Salle des Combins, d’autres mélomanes ont accouru à l’Eglise pour écouter le grand baryton-basse. Sa voix si particulière, dense, sombre, qui s’éclaircit par ailleurs dans les nuances piano, se prête à une œuvre au caractère épique comme La Belle Maguelone de Brahms.

Mais qu’est-ce donc que ce cycle que l’on entend si rarement en concert? Puisant ses sources dans un roman en prose du XVe siècle, le poète Ludwig Tieck (1773-1853) a adapté ce conte médiéval en langue allemande. On y suit les aventures du chevalier Pierre, fils unique du comte et de la comtesse de Provence, qui s’en va à Naples conquérir l’amour de la belle Maguelone, fille du roi. Tout cela est d’un charme un peu désuet, avec moult péripéties (assorties de symboles) qui vont naturellement empêcher les deux tourtereaux de s’aimer. Brahms a livré une contribution originale à cette esthétique romantique qui lorgnait vers le Moyen-Age. Son cycle réunit quinze romances.

Pour respecter la forme originale de l’oeuvre, l’actrice française Caroline de Bon narre le récit, selon une alternance de récitation décrivant l’action et de lieder l’illustrant. Bien sûr, il y est question d’un «jeune homme beau et bien tourné» qui va prendre les armes lors d’un tournoi, puis d’un second tournoi, pour conquérir la «princesse à la beauté stupéfiante». Entre les phases du récit, la pianiste Yuja Wang et Matthias Goerne entonnent les romances. Parfois, on a l’impression d’entendre un corps-à-corps en musique, tellement la partie de piano revêt un caractère orchestral (il s’agit d’une œuvre du jeune Brahms). L’équilibre n’est d’ailleurs pas idéal, le piano sonnant un peu fort au début, mais progressivement, Yuja Wang s’adapte à son partenaire, lequel lui jette des regards complices. De toute évidence, le baryton est séduit par la pianiste.

Les plus beaux moments sont ceux où Matthias Goerne allège sa voix, éclaircit les aigus, timbre velouté, textures moirées. Mais voilà que la fougue l’emporte à nouveau et que le baryton-basse enfle sa voix dans des élans ardents. Yuja Wang développe de fines sonorités à l’accompagnement, en particulier quand il s’agit d’imiter les sonorités du luth de Pierre. Parfois, elle commence à jouer tandis que la narratrice termine son intervention. On ne peut s’empêcher de sourire aux clichés de ce récit amoureux, terriblement attendus, parfois niais (ce que la narratrice ne peut masquer de son joli timbre), mais la musique prend le dessus, surtout avec la force de persuasion de Matthias Goerne.


Verbier Festival, jusqu’au 7 août. www.verbierfestival.com

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