Littérature

Le Prix Femina de l’essai va à Ghislaine Dunant

Les jurées du premier grand prix de l’automne ont récompensé l’auteure franco-suisse de «Charlotte Delbo». Le Prix Femina va à Marcus Malte et le Prix Femina étranger à Rabih Alameddine

Ghislaine Dunant remporte ce mardi 25 octobre le Prix Femina de l’essai pour son livre «Charlotte Delbo, La Vie retrouvée». (Grasset), aux côtés de Marcus Malte récompensé pour «Le Garçon» (Zulma) et Rabih Alameddine, Prix Femina étranger pour «Les Vies de papiers» (Les Escales). Le premier prix littéraire important de l’automne 2016 récompense trois livres qui disent l’importance de la parole, de l’écrit.

Ghislaine Dunant, née à Paris en 1950 d’un père suisse et d’une mère française, a vécu en Suisse et conserve de nombreux liens avec ce pays. En 2008, elle avait reçu le Prix Michel Dentan pour son roman «Un Effondrement» (Grasset, 2007). Cet ouvrage faisait le récit d’une grave dépression et d’un retour vers la lumière et la vie à travers les mots: «Ecrire, c’est chercher la capacité d’être», nous disait-elle alors, à propos de son livre et de son travail.

Après la catastrophe

Cette quête de l’être à travers l’écriture, cette exploration de l’urgence du métier d’écrire, Ghislaine Dunant n’a pas cessé de la mener, depuis. «Charlotte Delbo, La Vie retrouvée» est tout entier tourné vers cette femme, déportée et écrivain, pour qui la question de la langue, des mots, de l’écrit s’est avérée aussi vitale que constitutive. Comment dire Auschwitz, où fut Charlotte Delbo? Que dire après la catastrophe des camps d’extermination, qu’écrire, de quels mots user, dans quels récits oser entrer?

«Charlotte Delbo», livre fleuve (600 pages), fruit de sept années de travail, ne se contente pas d’être une autobiographie. Le livre scrute l’auteure de «Aucun de nous ne reviendra», en y cherchant la vie, les nécessités de l’écriture, du sens. C’est aussi le portrait d’une époque, Charlotte Delbo fut la secrétaire de Louis Jouvet, et le parcours d’une femme libre, décidée, courageuse.

Installée à Paris, Ghislaine Dunant s’était fait connaître par «L’Impudeur» paru en 1989 chez Gallimard, traduit en anglais et en allemand, qui lui avait valu d’être invitée sur le plateau d’Apostrophe. Elle a signé, également chez Gallimard, «La Lettre oubliée» (1993) et «Cènes» (2001).

Livre fleuve

Marcus Malte, vainqueur du Prix Femina, est lui aussi l’auteur d’un livre fleuve. En quelque 500 pages, «Le Garçon» raconte le début du XXe siècle en suivant pas à pas le parcours d’un enfant presque sauvage. Un roman initiatique où l’enfant apprend peu à peu la civilisation, la guerre et surtout la parole. «Une grande épopée, une histoire magnifique qui ressuscite le mythe de l’enfant sauvage», a déclaré Mona Ozouf, qui préside le Femina.

Lire et vivre

Rabih Alameddine, Prix Femina étranger pour «Les Vies de papier» est écrivain et peintre. Il est né en Jordanie mais ce Libanais vit entre San Francisco et Beyrouth. Dans ce roman, écrit en anglais, il fait le portrait d’une vieille dame aux cheveux bleus, Aaliya Saleh, dont le seul credo est la littérature et qui tente, en un effort aussi monumental que désespéré, de traduire en arabe ses romans préférés. Une quête, là encore, de sens, dans une Beyrouth secouée par les soubresauts de l’histoire.

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