Fiction TV

«The OA», quand Netflix s’essaie 
à la série façon cinéma indépendant

Parmi plusieurs nouvelles séries, le site de vidéo en ligne propose une création de Brit Marling, figure du cinéma américain indépendant. «The OA», démarche pertinente ou vide? Il y a débat...

Il faut raconter, apporter la nouvelle – bonne ou mauvaise, on ne sait pas. «The OA», l’une des nouvelles séries de Netflix, place la narration comme un enjeu en elle-même, puisqu’elle raconte l’histoire d’une jeune femme qui conte. Prairie, c’est la jeune femme, a disparu pendant sept ans. Fille adoptive venue de Russie, elle était aveugle. Elle revient voyante, et porteuse d’une histoire à dérouler, puis d’une mission à assigner. Elle a besoin de s’entourer de cinq habitants de sa petite ville du Michigan, à qui, nuit après nuit, elle dévoile ses années de calvaire.

«The OA» est due à Brit Marling – qui interprète l’héroïne – et Zal Batmanglij. Des figures du cinéma américain indépendant. A 33 ans, Brit Marling est déjà une habituée de Sundance. C’est manifestement ce qu’a voulu Netflix: un souffle de cinéma d’auteur dans ses séries – façon de parler, car, depuis longtemps, bien des séries relèvent d’une pratique des auteurs, sinon d’une politique.

«The OA» a ainsi le langage et les artifices propres au genre, avec ces malices un peu audacieuses, comme le générique lancé à 57 minutes du pilote, ou cette manière de filmer d’apparence minimaliste. Les auteurs-réalisateurs, et actrice, multiplient les couches, avec un démarrage plein de surprises, puis un suivi qui repose sur le trouble à propos de Prairie. Il s’y ajoute une dimension religieuse: la jeune femme tient d’un Christ du Michigan, avec ses cinq disciples buvant, justement, la parole (divine?). Notre blogueuse Emilie Jendly défend d’ailleurs la série en assurant qu’elle «plonge le spectateur par l’expérience dans une réflexion philosophique sur la foi».

Avis intéressant, que je ne partage pas. L’artificialité, l’invraisemblance – et, à mes yeux, le manque d’intérêt – de l’histoire de Prairie relativisent la portée de l’entreprise. L’originalité apparente du dispositif ne fait pas illusion très longtemps. Le robinet à images en ligne s’offre un feuilleton à prestige, en termes culturels américains; on y gagne une molle invention, et une longue vacuité.


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