Caractères

Vive la rentrée… politique

L’hiver a lui aussi sa rentrée littéraire. Non mais! Du moins c’est ce qu’on croit…

Sonnez trompettes, résonnez musettes, voici la Rentrée Littéraire de Janvier! Taratata! Taratatatoumtoum! Taratatatimtam!

Ah! Ah bon? Inutile de faire autant de bruit? Il n’y a ni paillettes, ni grandes stars? Ah, euh, oui. Bon, d’accord.

De jolies choses s’annoncent pourtant. De très bons livres arrivent avec le froid de janvier comme ces Leçons pour un jeune fauve de l’auteure sarde Michela Murgia ou La Distance de fuite de la Genevoise Catherine Safonoff. Mais du gros, du lourd, du Soumission façon Houellebecq, bien polémique et rude, qui anima la rentrée d’hiver 2015, point.

Le plus mammouth des auteurs dans la horde d’éléphants nains qui déboule s’appelle Daniel Pennac. Et ce n’est pas vraiment une arrivée, mais un retour, puisque le revoilà bien des années après ses premiers gros succès, avec «Le Cas Malaussène», une suite de la saga des Malaussène. Une valeur sûre, certaine d’attiser la curiosité des anciens fans devenus grands, voire de relancer l’intérêt de leurs enfants.

Autre «poids lourds» attendus, Elena Ferrante, mystérieuse auteure italienne sans visage, qui publie en français, le troisième tome de sa saga «L’Amie prodigieuse»: «Celle qui fuit et celle qui reste». Là aussi, les foules seront sans doute au rendez-vous, mais rien de vraiment neuf, puisqu’on continue de surfer sur la vague de l’immense succès de l’histoire des deux amies Elena et Lila.

Pas de grands coups, peu de têtes d’affiche, donc. Et pourquoi cela? Certes, il n’y a pas de prix littéraire à la clé. Les Goncourt, Renaudot et consorts ont tous été décernés à l’automne, avant Noël. Ainsi donc, traditionnellement, la rentrée d’hiver est toujours moins tendue que celle de septembre. Mais ce coup-ci, ce manque d’agitation a aussi une explication politique. Si, si, si.

C’est parce que la France, qui publie le plus gros contingent des livres que nous trouvons dans nos librairies, est en année électorale que les éditeurs et les écrivains sont si timides. Les voilà écrasés par d’autres poids lourds, qui ont pour nom Sarkozy, Macron, Fillon, Hollande, Mélenchon, Montebourg et bientôt Bayrou. Ne cherchez plus, les voilà les éléphants de l’hiver et c’est sur eux que l’édition mise. A noter que certains, tentent de se glisser dans leur sillage misant sur la politique-fiction: Bruno Masure propose un probablement très potache «Elysée Academy», tandis qu’Eric Pessan publie un roman au titre lourd de sens: «La Nuit du second tour»

A noter que, pour l’instant, on signale un seul écrivain ayant décidé de faire le chemin inverse. Si tous les candidats à la présidentielle se mettent à écrire – et il n’est pas sûr que la littérature y trouve son compte – Alexandre Jardin est, à ce jour, le seul romancier à avoir osé se lancer dans la course à la présidentielle… On ne sait pas encore si la politique y gagnera quelque chose.

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