Cinéma

Dalida, une chanteuse accro à l’amour

Biopic plutôt bien balancé, «Dalida» de Lisa Azuelos réussit à faire réécouter autrement les tubes de la chanteuse populaire honnie des puristes

La romanesque Dalida, star de la variété franco-italienne des années 1960-80, ne pouvait décemment échapper au biopic, genre qui vire doucement à l’épidémie. Une décennie après une première tentative télévisuelle (Joyce Buñuel, avec Sabrina Ferilli, en 2005), voici donc la version grand écran. Alors qu’on pouvait craindre le pire de la part de Liza Azuelos, cinéaste qui évolue entre le passable («LOL») et le catastrophique («Une Rencontre»), la fille de Marie Laforêt pourrait bien avoir été la personne idéale pour réussir cette évocation de la femme cachée derrière la chanteuse kitschissime à la voix roucoulante.

De sa naissance au Caire en 1933 à son suicide à Paris en 1987, en passant par trop d’hommes, de drames et de pressions, c’est un destin tragique qu’il s’agissait de retracer. Première idée: commencer à mi-parcours, au lit dans les bras du «cantautore» Luigi Tenco. Où l’on découvre Dalida philosophe, s’opposant à l’«être-vers-la-mort» de Martin Heidegger en déclarant crânement: «Moi, je veux tendre vers l’amour». Pas si facile, comme le lui rappellera bientôt la mort de son amant, suivie d’une première tentative de suicide!

La révélation Sveva Alviti

De retour en France, Dalida se retrouve bientôt face à un psy qui lance la machine du souvenir. Une enfance égyptienne déjà malmenée par la guerre, quand le père de la petite Iolanda Gigliotti est arrêté par les Anglais, revenant brisé de cet internement. Une enfance de binoclarde complexée sur laquelle elle veut prendre sa revanche en se métamorphosant en vedette adulée. A peine débarquée à Paris en 1955, amours et succès s’enchaînent et des séquences de montages font vite avancer les choses. Pourtant, quelque chose ici accroche. Tout d’abord l’adéquation de l’actrice-mannequin Sveva Alviti, qui traduit à merveille le mélange de force et de fragilité de Dalida. Mais surtout des chansons (une trentaine) si bien choisies qu’elles paraissent refléter intimement son parcours.

A chaque homme (Lucien Morisse, Jean Sobieski, Luigi Tenco, Richard Chanfray, sans oublier ce beau jeune homme qui «venait d’avoir 18 ans») sa déception, à chaque époque sa mue. Seul reste à ses côtés son frère protecteur et bientôt agent artistique Bruno/Orlando, évidemment homosexuel. De l’espagnolade au show à l’américaine en passant par San Remo et la mode disco, Dalida se réinvente et c’est tout un spectacle. Mais aussi, de plus en plus, une terrible fuite en avant qui, malgré le beau rôle que lui offrira Youssef Chahine dans «Le Sixième Jour» (1986), ne peut que mal finir.

Les midinettes craqueront, les esprits forts railleront. Mais la vérité est que Liza Azuelos a beau louper (un peu) la plupart de ses scènes-clés, cela reste prenant. Comme lorsqu’on remarque que Sveva Alviti chante décalée son playback du «Je suis malade» de Serge Lama mais que son jeu est si intense qu’on est tout de même bouleversé.


** «Dalida» de Lisa Azuelos (France – Italie, 2017), avec Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve, Niels Schneider, Alessandro Borghi, Nicolas Duvauchelle, Brenno Placido, Vincent Perez, Patrick Timsit. 2h04.

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