Classique

Igor Levit, un grand talent à Lausanne

Agé de 29 ans, le pianiste germano-russe a fait vive impression dans le Concerto «L’Empereur» de Beethoven aux côtés du chef français Bertrand de Billy et de l’OCL, lundi soir à Lausanne

Pour sa première apparition en Suisse romande, Igor Levit a fait vive impression, lundi soir à la Salle Métropole de Lausanne (un concert repris le lendemain). A 29 ans, ce pianiste germano-russe se mesurait au Concerto «L’Empereur» de Beethoven. Il faut à la fois une poigne virile et une touche de lyrisme pour conférer toute son expressivité à l’œuvre. Il a su conjuguer ces qualités au fil d’une interprétation splendide, en osmose avec le chef français Bertrand de Billy et l’Orchestre de chambre de Lausanne.

Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est la gamme de nuances qu’il met dans son jeu. A certains moments, on a presque l’impression d’entendre un piano en trois dimensions. Dès les premières notes, Igor Levit est pleinement là, engagé. Il fait rayonner les cascades d’arpèges avec éclat, quoique sans précipitation. Il orchestre sa propre partie de piano, avec un étagement des plans sonores et une variété de timbres qui font merveille. Ses pianissimi sont superbes, d’une délicatesse cristalline, en alternance avec des attaques plus franches, comme s’il bâtissait une grande arche. Il mêle émotion et intelligence, sans verser dans des effets grandiloquents pour en mettre plein les oreilles.

Dialogue avec l’orchestre

Surtout, Igor Levit se montre à l’écoute de l’orchestre, dans un dialogue permanent qui culmine dans l'«Adagio» central. A certains moments, il joue le plus doucement possible comme pour accaparer l’attention, puis il amplifie le son dans un geste déclamatoire. Il y a une dimension poétique dans son jeu, en contraste avec le «Rondo» final aux accents puissants. Ce sens de l’architecture musicale n’est pas donné à tous les jeunes pianistes. Bertrand de Billy et ses musiciens confèrent une vigueur musclée à l’accompagnement orchestral. Igor Levit a joué la Valse-Scherzo de Chostakovitch en bis, pièce à la simplicité faussement enfantine dont il exacerbe l’humour avec des contrastes dynamiques.

Une œuvre moins inspirée

La 2e Symphonie de Gounod jouée en seconde partie n’atteint pas les cimes de L’Empereur. Certes, c’est une œuvre très bien ouvragée, à l’énergie roborative, avec des sections plus lyriques et délicates, mais on n’y retrouve pas la puissance d’inspiration des compositeurs allemands de la même époque (Schubert, Mendelssohn ou Schumann) sur lesquels elle semble prendre modèle. Bertrand de Billy fait ressortir les détails d’orchestration avec un joli raffinement. Cette élégance ne suffit pas à en faire un chef-d’œuvre inoubliable, de sorte qu’on l’écoute avec plaisir, tout en trouvant certaines formules un peu faibles et répétitives. Conclusion: on en reste à la première partie du concert qui fut le meilleur volet de la soirée.

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