Cinéma

Retour sur les bancs de l’école

Petite fiction réaliste, «Primaire» d’Hélène Angel emporte l’adhésion grâce à une formidable Sara Forestier, en maîtresse courage

L’école à la mode? D'«Etre et avoir» (Nicolas Philibert) à «La Cour de Babel» (Julie Bertucelli) et d’«Entre les murs» (Laurent Cantet) à «Les Héritiers» (Marie-Castille Mention-Schaar), les films documentaires mais aussi de fiction français qui s’attachent à la vie en classe ne manquent pas. Avec à chaque fois l’idée plus ou moins avouée de refléter un certain état de la société. «Primaire» d’Hélène Angel est né d’un constat plus modeste: le sentiment de perte qu’un parent peut ressentir quand son enfant quitte une école qui les a marqué l’un et l’autre. D’où cet hommage sincère à l’institution, qui fait plaisir à voir.

L’héroïne, Florence, est une maîtresse trentenaire encore idéaliste, dont le garçon de 10 ans, Denis, est aussi dans sa classe (une terminale de primaire française). Le père est parti et Florence peine à faire la distinction entre travail et famille. Au point que lorsqu’il s’avère qu’un de ses élèves, Sacha, a été abandonné par ses parents, elle est prête à tout pour l’aider. Ce qui ne manquera pas de créer des frictions avec des collègues plus timorés ou simplement prudents, et bien sûr Denis, qui se sent menacé…

Un esprit positif qui surmonte tous les obstacles

Jusqu’où pousser le dévouement? De ce sujet plutôt rare, la cinéaste a tiré un petit film bien observé (deux ans d’immersion!), dont l’esprit positif finit par surmonter tous les obstacles. Un «feelgood movie», si l’on veut, mais sans la manipulation trop visible qui rend la plupart de ces concoctions si indigestes. Il y a encore là un garçon qui n’a pas décroché la lecture et une petite autiste, un directeur paternaliste et une stagiaire qui craque. Mais, si chacun n’est au fond là que pour tester la résistance et, pour finir, la vocation de Florence, il donne aussi l’impression d’avoir son existence autonome. Et même quand surgit un beau-père dilettante de Sacha, qui a un temps élevé le garçon, rien ne sera non plus évident côté sentimental.

Modestie gagnante

Cinéaste inégale, surévaluée au moment de son premier film («Peau d’homme, cœur de bête», Léopard d’Or à Locarno en 1999), Hélène Angel semble avoir digéré ses échecs de «Rencontre avec le dragon» (fable médiévale avec Daniel Auteuil) et de «Propriété interdite» (exploration fantastique d’un malaise de couple). Plus modeste, cette chronique sociale portée par la conviction de Sara Forestier, une actrice décidément à part, colle mieux avec ses possibilités réelles: un petit talent pour le réalisme, qui ferait sans doute mieux de chercher du côté de la générosité d’un John Cassavetes que de l’âpreté d’un Maurice Pialat – pour reprendre les références clés de sa génération.


Primaire, de Hélène Angel (France, 2017), avec Sara Forestier, Ghillas Bendjoudi, Albert Cousi, Vincent Elbaz, Patrick d’Assumçao, Guilaine Londez, Olivia Côte, Lucie Desclozeaux, Laure Calamy. 1h45

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