Beaux-arts

La sixième édition d’Artgenève a pris son envol

Le salon d’art genevois est ouvert jusqu’à dimanche à Palexpo. Récit de la journée inaugurale

Ce mercredi, Artgenève inaugure sa 6e édition à Palexpo. Quelque 80 galeries de 16 pays, de nombreuses institutions, centres d’art, écoles, éditeurs… tous rassemblés dans une ambiance soignée, plus conviviale que dans les grands rendez-vous. Ici, la taille encore réduite évite une trop grande sectorisation. Cette première journée sera longue pour tous ceux qui travaillent sur les stands. Il est 11h et nous nous sommes faufilée parmi les techniciens qui mettent la dernière main aux lumières, passent l’aspirateur dans les couloirs. Tout semble fini, calme avant le flux des invités au vernissage, qui culminera à l’heure des discours, des petits fours et des bulles, vers 18h. Et pourtant.

Oui, il n’est pas encore 11h et, sur quelques stands, on finalise l’exposition, le niveau à la main pour vérifier le juste alignement des œuvres. Un dernier doute, deux pièces qui se nuisent, et on remonte sur l’escabeau. Sur le stand de Xippas, c’est même l’artiste, Marco Scorti, palette de fortune à la main, qui est en train de remettre un peu de teintes sombres sur le coin de ses toiles. L’ensemble forme une vaste installation picturale qui ne correspond plus à ce qui l’avait satisfait dans la lumière naturelle de son atelier. Penser les éclairages, le souci est constant dans tout le circuit artistique, du créateur au collectionneur avisé. Ainsi, Marco Scorti est en train de rendre ses contrastes à ce paysage hivernal, version contemporaine des ruines romantiques. C’est un développement du travail qui, il y a trois ans, lui a valu un Prix New Heads. Les lauréats de cette année exposent sur le stand de la HEAD. L’un d’eux, Galaxia Wang, est aussi l’invité du Centre d’art contemporain, avec une installation papillonnant entre art et sciences.

Flammes en ville, eau au salon

Déjà 12h. Sur le stand de l’Ariana, Christian Gonzenbach teste son installation. Le musée de la céramique lui a demandé de concevoir l’ensemble de sa présence à Artgenève. Mardi soir, pour Artgenève/sculptures, sur le quai Wilson balayé par la bise et les embruns, l’artiste genevois a inauguré une œuvre de feu, un brasier bienvenu qui s’est apaisé en un four géant posé sur le quai parmi les pièces d’Alain Huck, Séverine Hubard, Marc Quinn ou encore Jean-Louis Perrot, qui prendront l’air jusqu’à fin mars. Les flammes en ville, l’eau au salon. Sur le stand, deux formes de potier émergent d’un vaste bassin rempli d’une boue claire, dans un doux remous évoquant la matière vivante du céramiste. Autour du stand, des casiers roses abritent quelques trésors choisis par l’artiste dans les réserves du musée.

Quelques minutes après midi, les haut-parleurs annoncent aux exposants: «The restaurant of the salon is open.» Nous préférons aller découvrir l’installation d’Anthony McCall dans la halle attenante, encore déserte, plongée dans un noir poudreux. Tout de suite, ce concept de lumière solide qu’on retrouve dans la description des œuvres de l’artiste devient très concret. Les douches de rayons qui tombent des hauteurs pour dessiner des géométries épurées sur le sol sont si perceptibles qu’on hésite à les traverser. Le voyage est magique.

A 13h, retour sur le stand des éditeurs, le cercle des livres et des revues se complète. Hippocampe vient de déployer ses numéros, invitée par les Editions Macula. Celles-ci, curatrices de l’espace des éditeurs, présentent cette année une nouvelle et savante revue sur la photographie, Transbordeur. Les livres sont, comme toujours, bien placés en haut des escaliers, où, cette année, Habibi, l’aimable squelette géant d’Adel Abdessemed, sorti des collections du Mamco, accueille les visiteurs. Le stand du Mamco, il faut traverser la foire pour s’y rendre. Pour l’instant, on n’y trouve guère qu’un écho à l’exposition de Wade Guyton qui se termine au musée. Lionel Bovier, directeur, s’est assuré un petit financement pour faire quelques achats chez les galeristes exposants qui viendront remplir l’espace au fur et à mesure. De quoi faire du stand un des lieux les plus curieux de cette édition, de quoi aussi animer aimablement les discussions autour de la politique d’achat du Mamco et de la souplesse permise par la structure malgré les moyens limités.

A 14h, les premiers collectionneurs sont là, papotent sur le stand de leurs galeries favorites, se croisent en accolades bruyantes ou en saluts discrets selon leur plaisir à se retrouver. Les galeristes présentent les choix exposés, sortent déjà quelques trésors des réserves. Ce ballet va continuer tout l’après-midi, et il ne cessera guère jusqu’à dimanche soir. Mais ce jour, parmi les visiteurs, on compte aussi les jurés des prix. Leurs membres se glissent discrètement sans mot dire dans les allées.

Argument stratégique pour Genève

Il va être 18h. Le salon n’est plus qu’une immense et douce rumeur, faite d’innombrables conversations. Les discours et les remises de prix approchent. Les discours d’abord. Deux magistrats de la Ville sont venus. Sami Kanaan, chargé de la Culture, rappelle que Genève a fait de l’art contemporain un argument stratégique pour son tourisme et se réjouit que Palexpo ait maintenant clairement deux rendez-vous culturels à son agenda, le Salon du livre et Artgenève. Guillaume Barazzone, maire, souligne encore ce succès, et, tout comme son collègue, applaudit la politique du salon de produire des événements (Artgenève/sculpture et Artgenève/cinéma) dans la cité.

Enfin, c’est l’heure de la remise du Prix Solo Artgenève – F. P. Journe, décerné à la meilleure exposition personnelle proposée par un galeriste. Lionel Bovier, membre du jury, explique que les discussions se sont concentrées sur deux projets et que c’est finalement la peinture de Walter Robinson proposée par la Galerie Sébastien Bertrand qui l’a emporté. Un art dont il apprécie les qualités «appropriationnistes, littéraires, mélancoliques», et que le Mamco empruntera sûrement pour une exposition lorsqu’il aura rejoint, comme le permet le prix, les fonds publics genevois. A noter qu’Artgenève fête aussi le Prix de La Mobilière pour jeunes artistes, qui récompense cette année les films d’animation et les pâtes à modeler de Bertold Stallmach.
Le tintement des verres nous entoure. Les discussions iront bon train jusqu’à 21h. Angela Bulloch commencera alors son show à la Villa Sarasin. Une plongée sonore et visuelle dans le bleu. La fête continuera avec le groupe genevois des Statches jusqu’à minuit. 


Artgenève, jusqu’au 29 janvier à Palexpo, Genève. www.artgeneve.ch

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