Récit

Un conte sans fées

Quand l’une devient l’autre pour mieux la manger, une fable fascinante et habile du magicien Philippe Annocque

Ce que veut Lise, elle le veut. Et elle l’obtient. On l’apprend très vite, quand on la voit faire avec méthode les boutiques de sa ville pour acquérir le même petit haut à bretelles que celui que portait Elise au cours sur les contes de Grimm.

Quatre figures

Lise veut Elise. Etre avec Elise. Etre élue par Elise. Etre Elise. A sa manière fluide, l’auteur de Liquide (Quidam, 2009) glisse son «conte sans fées» à travers quatre figures: Lise, Elise, et Sarah, qui observe leur histoire de loin comme elle étudie les autres contes, à la lumière du structuraliste russe Vladimir Propp; bien plus tard, il y aura Luc, petit poisson pris dans les rets de la relation entre les deux filles. Il n’en connaît pas les règles. Elise non plus. Seule Lise, qui les fixe peut-être, et Sarah, qui les déduit, savent ce qui se passe vraiment.

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Et on le découvre, fasciné, émerveillé, horrifié. Un leitmotiv parcourt ce petit livre magique: «Elise prend l’air. L’air prend Elise. Tout cet air, ce souffle qui la traverse. Elise ne comprend pas. De quoi a-t-elle peur?» Elle le saura peut-être à la fin, trop tard, la gentille Elise, quand Luc au joli cul, son amoureux un peu cucul, lui fera des aveux incohérents.

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Quand la vérité se dérobe

Philippe Annocque opère par glissements, rocades, hypothèses. Il joue avec les mots, leurs sens, avec les contes, ceux de Grimm et ceux de Perrault, en parallèle avec celui de Lise et Elise. Il laisse grouiller là-dessous tout un bestiaire inquiétant qu’il faut deviner. On ne sait pas tout, Sarah non plus, même si elle est la grand-mère qui raconte le conte, ou le conteur, ou le public. La vérité des contes se dérobe, on n’a jamais fini de les éplucher: «Bien sûr on n’est jamais sûr de ne rien apporter de soi-même», écrit l’auteur. Bien sûr!


Philippe Annocque, «Elise et Lise», Quidam, 136 p.

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