Fiction TV

Rowan Atkinson, 
maigre Maigret

L'acteur de Mr Bean incarne le commissaire de Simenon dans une étonnante nouvelle variation demandée par la chaîne ITV, famélique sur tous les plans

Le comique qui se lance dans le registre dramatique, l’exercice est connu, et souvent réussi. Rowan Atkinson, Mr Bean, a déjà tenté d’autres aventures, s’en tirant plutôt bien. Le voici propulsé dans le personnage et le gilet de Jules Maigret, dans deux téléfilms de la BBC que France 3 a montrés ces temps, et qui vont sortir en DVD en édition francophone. Deux autres chapitres sont attendus cette année. Mr Bean en Maigret? Il y a là un défi stimulant, excitant, de quoi faire chauffer la pipe.

Revenons à Gabin, Cremer voire Richard

Elle refroidit vite. Ces enquêtes sont plates à presque tous les niveaux et offrent un piètre nouveau chapitre aux adaptations du commissaire de Simenon, magnifié naguère par Jean Gabin et Bruno Cremer – il faudrait même se pencher à nouveau sur Jean Richard, souvent un peu vite remisé comme paternaliste d’ancien régime.

Stewart Harcourt, le scénariste des nouvelles versions, a quelque expérience. Il a écrit Le Crime de l’Orient-Express dans la version portée par l’acteur David Suchet et il a adapté les enquêtes d’Agatha Raisin.

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Les volutes comme palliatifs à la déco

Il fait ce qu’il peut, mais le cadre donné à ces Maigret paraît trop contraignant. ITV, la chaîne commanditaire, a limité les risques, et cela se voit. Les rues de Paris – c’est-à-dire Budapest, le lieu de tournage – se résument à des vignettes combinant bouts de trottoirs, antiques bagnoles pas trop nombreuses et vieilles enseignes fabriquées à deux sous. Les intérieurs, d’un vide déconcertant, sont remplis tant bien que mal par les volutes des cigarettes et des pipes, devenues palliatives pour une décoration en rade. Les intrigues se nouent ainsi dans une ambiance feutrée, diminuée, restreinte. Tout paraît posé pour réduire le propos, comme la réalisation.

Sourcils presque fillonesques toujours bien froncés, Rowan Atkinson fait le policier sérieux, et taiseux. Maigret n’est certes pas un bavard. Mais là aussi, la consigne semble se résumer simplement: en faire le moins possible. Dès lors, il ne se joue rien dans des téléfilms qui ne fabriquent rien. Maigre Maigret.

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